Route du Rhum: dernières embrassades avant l'émotion du départ
Sous un soleil radieux, 115 solitaires mettent dimanche les voiles au large de Saint-Malo en direction de la Guadeloupe pour la 13e édition de la légendaire Route du Rhum, sprint transatlantique que les plus rapides pourraient réaliser en six jours.
Le coup de canon libérera à 13h02 les navigateurs -- parmi lesquels 11 femmes -- répartis sur une seule ligne de plusieurs kilomètres.
Dernières catégories de voiliers à sortir du port, les Class 40 et les Vintage Mono ont emprunté l'écluse du Naye dimanche en début de matinée pour se diriger vers la zone de départ à quelques milles de la cité corsaire.
Figurant parmi les derniers marins à s'en aller, Jean Le Cam, 67 ans, a quitté les pontons sous une belle lueur matinale pour sa troisième Route du Rhum à bord d'Alegria, un vieux gréement qui devrait lui permettre de rejoindre la Guadeloupe en vingt jours.
Quelques minutes plus tôt, Titouan Pillard, 20 ans et benjamin de la flotte (Use it again for youth) est venu longuement saluer Tanguy Caradec (Eurvad), qui s'élance sur la course où son père Loïc a perdu la vie en 1986.
"Il était sur ce même ponton au départ donc ça remue pas mal, je vais faire en sorte que la fin soit un peu plus joyeuse", a lancé Tanguy Caradec, très concentré avant d'appareiller, à plusieurs médias et de nombreux supporters venus l'encourager.
Une fois n'est pas coutume, la météo s'annonce très bonne pour le départ avec une dizaine de noeuds de vent seulement, une mer quasiment plate et une température agréable pour commencer.
Au cap Fréhel, des milliers de personnes sont attendues afin d'admirer vers 14h00 le spectaculaire passage de la flotte qui prendra ensuite le large.
- "Profiter un max" -
"Les conditions sont top, il fait beau, je suis dans les meilleures conditions possibles pour partir et j'essaye de profiter au max. Le vent va nous pousser hors de la Manche cela va être super agréable", a détaillé Nicolas d'Estais (Café Joyeux) dans la matinée.
Spécificité de la course, tous les voiliers ne partent pas égaux niveau performance. La flotte, mélange de professionnels et d'amateurs, est composée de six catégories de bateaux : des petits monocoques ayant participé à la première édition, aux multicoques volants de dernière génération.
Ce sont ces derniers, les Ultim, des trimarans géants atteignant plus de 90 km/h sur l'eau, qui s'échapperont les premiers vers le large.
Barrés par les meilleurs skippers de la planète, ces géants des mers peuvent espérer effectuer la traversée en six jours, quand les voiliers les plus lents mettront près d'un mois pour arriver à Pointe-à-Pitre.
Parmi les favoris, Tom Laperche, 29 ans, s'élance pour sa première grande course en solitaire à bord du SVR Lazartigue, après avoir gagné toutes les courses de préparation depuis un an.
- L'ambition Imoca -
Deux autres bateaux ont suffisamment navigué récemment pour être à même de rivaliser : le Banque Populaire XI d'Armel Le Cléac'h et le Sodebo Ultim 3 de Thomas Coville.
Ces écuries de pointe peuvent établir un nouveau record de traversée, détenu depuis 2022 par Charles Caudrelier (6 jours et 19 heures), également au départ cette année, mais en manque de repères sur un tout nouveau bateau (Maxi Edmond de Rothschild).
"Nous allons tester la fiabilité, les appendices du bateau et sa gestion en solo, a expliqué Caudrelier. Je vais continuer à le découvrir et à le faire progresser pendant la transat, et ce challenge est super-intéressant".
Les Ultim étant au mouillage à l'extérieur de la ville depuis vendredi soir, ces quatre skippers sont arrivés très tôt dimanche matin avec leurs proches près d'un embarcadère, pour réaliser un dernier briefing avant d'être emmenés en bateau pneumatique.
Derrière les Ultim, 22 voiliers de la flotte d'Imoca, les monocoques (18 m) du Vendée Globe, affichent de belles ambitions et veulent se tester à deux ans d'un nouveau tour du monde.
Sam Goodchild (Macif), Jérémie Beyou (Charal 2) et Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei), à bord des bateaux les plus performants, peuvent espérer traverser l'Atlantique en 10 jours.
N.Taylor--TNT