Tour de France: Tadej Pogacar enfonce le clou à l'Alpe d'Huez
Tadej Pogacar fonce vers un cinquième victoire finale dans le Tour de France après s'être imposé vendredi à l'Alpe d'Huez grâce à une remontée fantastique mais aussi à la passivité de Lenny Martinez en tête de course.
En attendant d'égaler dimanche Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain, le Slovène a déjà empoché sa cinquième étape dans cette 113e édition, sa première en haut des 21 lacets mythiques qui mènent à la station iséroise.
Il la voulait et il a tout fait pour la décrocher, remontant un retard de plus de trois minutes au pied de l'ascension finale, avalant les échappés un par un an, en avançant comme un Pacman jaune déchaîné au milieu d'une foule énorme – 600.000 spectateurs, selon les autorités locales.
"C'était un grand objectif pour moi de gagner ici", a expliqué le double champion du monde après avoir battu le record de la montée en compétition avec un temps de 35 minutes et 26 secondes, effaçant des tablettes la marque de Marco Pantani (36:50), réalisée en 1995 à l'époque de l'EPO roi.
"L'ambiance était folle", a savouré le maillot jaune qui a réussi à se frayer un chemin au milieu du public, parfois à la limite, comme lorsqu'un spectateur lui a donné une claque dans le dos.
"J'étais préparé à me battre avec certains mais au final ils ont été gentils avec moi, ça c'est bien passé", a-t-il dit.
Einer Rubio n'a pas eu la même chance lorsqu'il a violemment percuté l'arrière d'une voiture d'UAE, l'équipe de Pogacar, qui avait dû piler à cause de spectateurs au milieu de la route. Le Colombien a abandonné.
- "Ils ont trop joué" -
Dans le camp Pogacar, on était très ému avec un Joxean Fernandez Matxin, le manager d'UAE, en larmes dans la voiture et qui a salué avec emphase "une victoire légendaire d'un coureur légendaire avec un style légendaire dans un endroit légendaire".
Même s'il la voulait fort, Pogacar était presque étonné de ces réactions. "Je ne comprends pas pourquoi ils sont aussi émotifs." Il n'était pas au courant du temps de Pantani non plus, se disant juste "content d'effacer cette vieille marque".
Pour remonter un déficit de trois minutes, le Slovène a forcément dû s'employer et il a attaqué presque dès le pied, à 12 km de l'arrivée.
Mais la victoire n'était pas garantie non plus vu le pedigree des trois meilleurs grimpeurs d'une échappée comptant jusqu'à 42 coureurs – Richard Carapaz, Sepp Kuss et Lenny Martinez.
En collaborant, le trio avait une chance de résister au retour de Pogacar. Il a fait tout le contraire, chacun évoluant dans son registre, pour reproduire à plusieurs reprises un scénario désespérant: attaque de Carapaz, Martinez qui suit mais sans donner un relais, Kuss qui lisse son effort... et au final retour à la case départ, à faire du surplace.
"Ils ont un peu trop joué entre eux et ça m'a aidé à revenir", a constaté Pogacar qui, avec Martinez dans sa roue, a rattrapé Carapaz à 1,8 km de l'arrivée avant de les planter à la flamme rouge pour devancer le Français de six et l'Équatorien de neuf secondes sur la ligne.
- Seixas "toujours en jeu pour le podium" -
"J'ai pensé à la victoire d'étape juste à la fin", a assuré Martinez qui aurait pu offrir à la France sa première victoire dans cette 113e édition s'il ne s'était pas montré aussi passif.
Il reste deux étapes aux Bleus pour éviter un zéro pointé comme en 1926 et 1999.
Au classement général, Lenny Martinez profite de la défaillance de Juan Ayuso pour monter à la cinquième place du général.
Pogacar possède désormais 7:11 d'avance sur Remco Evenepoel qui a conforté sa place de dauphin en grappillant douze secondes sur Isaac del Toro et seize sur Paul Seixas dans le final.
"C'était terrible, éprouvant, a rapporté Seixas. Le public a été en délire, j'ai encore des acouphènes, c'était magique et en même temps une des journées les plus difficiles de ma vie sur un vélo."
"À la fin, je n'avais pas les jambes que j'espérais, mais je suis toujours en jeu pour le podium", a ajouté le jeune Français qui compte 24 secondes de retard sur Del Toro, troisième.
Le podium se jouera samedi lors de l'étape-reine qui arrivera également à l'Alpe d'Huez, mais via le col de Sarenne cette fois, après la Croix de Fer, le Télégraphe et le Galibier.
Une étape monstrueuse qui fait peur à tous les coureurs, sauf peut-être Pogacar qui a promis d'aider Del Toro à conserver sa place sur le podium et le maillot blanc de meilleur jeune.
Q.Marshall--TNT