Lecornu met la pression sur le budget face aux crises
Sébastien Lecornu a fait sa rentrée lundi en mettant la pression sur les parlementaires pour qu'ils s'entendent sur un budget d'ici la fin du mois qui puisse répondre aux colères de plusieurs secteurs, en même temps qu'aux tensions internationales accrues.
Le Premier ministre avait exposé sa ligne le 23 décembre: "repousser le désordre", qui guette sur le plan du budget, toujours pas voté, chez les agriculteurs et les médecins, en colère. Sur le plan international aussi, après le récent coup de force de Donald Trump au Venezuela qui inquiète les chancelleries occidentales.
En emmenant ses ministres place Beauvau pour le traditionnel petit-déjeuner du Nouvel an --avant de rejoindre l'Elysée pour le premier Conseil des ministres de l'année-- Sébastien Lecornu s'est entouré justement des ministres Catherine Vautrin (Armées), Annie Genevard (Agriculture) et Stéphanie Rist (Santé).
"Il faut un budget en janvier, il y aura un budget en janvier", a promis lundi la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon sur BFMTV-RMC.
Sébastien Lecornu a prévu de prendre des mesures en janvier en leur faveur mais a prévenu qu'il faudrait un budget pour les mettre en oeuvre.
"Le monde agricole ne peut pas attendre le mois de février", a insisté dimanche son entourage.
- "Calculs politiques" -
Dans l'intervalle, le gouvernement entend appliquer certaines mesures fiscales agricoles dès le début de l'année, malgré l'absence de budget, a indiqué mardi le ministère de l'Economie. Car la loi spéciale adoptée pour assurer la continuité de l'Etat ne permet pas d'intégrer de nouvelles décisions.
Autre dossier en suspens, la hausse prévue des crédits aux armées (+6,7 mds) dans un contexte international tendu.
"Le monde s'est durci et la France doit se préparer" avec un "réarmement militaire" et "l'augmentation des moyens de la défense", a fait valoir Mme Bregeon à l'issue du Conseil des ministres.
Catherine Vautrin s'était dite dimanche "préoccupée" par l'absence de budget pour la défense.
Le Premier ministre juge pour sa part "possible" d'aboutir "si les calculs politiques sont mis de côté".
Il a aussi intimé à la droite sénatoriale de "dire si elle souhaite participer à une solution de compromis ou non", même si la procédure permet au gouvernement de donner le dernier mot à l'Assemblée, où il compte toujours sur les socialistes pour faire passer le budget.
- "Avancer sur le fond" -
Si l'exécutif et le PS trouvaient un compromis, le Premier ministre pourrait alors faire adopter le budget par ordonnances ou par l'article 49.3 de la Constitution sans être censuré par la suite.
Le PS avait certes fait du renoncement au 49.3 une de ses conditions pour voter le budget de la Sécurité sociale --adopté fin décembre--, et Sébastien Lecornu s'était engagé à ne plus y recourir. Or leurs positions semblent avoir évolué depuis.
Le patron du PS Olivier Faure menace de censurer le Premier ministre s'il utilise cette arme "sans compromis préalable". "Le Parlement prendra ses responsabilités, le gouvernement aussi", avait ensuite glissé M. Lecornu dans la cour de Matignon.
Le PS renvoyait lundi la balle dans le camp du gouvernement. "Il va falloir maintenant qu'il accepte des compromis", a dit à l'AFP Arthur Delaporte, porte-parole des députés socialistes.
Pour l'heure, les ministres des Finances et des Comptes publics Roland Lescure et Amélie de Montchalin vont recevoir cette semaine les groupes parlementaires, hors LFI et RN, pour trouver un terrain d'entente, tout en restant en dessous de 5% de déficit public.
"Que ce soit 49.3 ou autre, si le texte n'est pas potable, on a ni gouvernement, ni budget. Le gouvernement tombe et on se retrouve à la case départ. Donc il faut d'abord avancer sur le fond", a prévenu M. Lescure, qui a dit avoir "pas mal échangé" avec les socialistes pendant les congés de fin d'année. Tout comme Sébastien Lecornu.
V.Allen--TNT