The National Times - Un an après le putsch, le Soudan s'enferre dans la crise

Un an après le putsch, le Soudan s'enferre dans la crise


Un an après le putsch, le Soudan s'enferre dans la crise
Un an après le putsch, le Soudan s'enferre dans la crise / Photo: © AFP

Un an après qu'un putsch a interrompu la fragile transition au Soudan, la scène politique est éclatée, la crise économique plus profonde que jamais et la faim menace des millions d'habitants.

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Le 25 octobre 2021, le chef de l'armée, le général Abdel Fattah el-Burhane, limogeait les membres civils du gouvernement supposés mener le pays vers la démocratie après 30 ans de dictature d'Omar el-Béchir, démis par l'armée sous la pression de la rue en 2019.

Depuis, presque chaque semaine, des Soudanais descendent dans la rue --malgré une répression qui a fait près de 120 morts.

"L'ensemble du débat politique tourne autour de savoir qui gouvernera le pays", affirme à l'AFP Magdi al-Gizouli, chercheur au Rift Valley Institute. "Mais personne ne dit ce qu'il fera au gouvernement ou comment il résoudra la crise économique."

L'économie de ce grand pays d'Afrique de l'Est, l'un des plus pauvres du monde, a été rendue exsangue par des années de sanctions économiques américaines sous Béchir, ainsi que par l'indépendance en 2011 du Soudan du Sud, riche en pétrole, et par la corruption.

La transition post-Béchir a offert un espoir: en 2020, Washington a retiré le Soudan de sa liste des pays soutenant le terrorisme et l'aide internationale est revenue --deux milliards de dollars annuels.

- "Progrès partis en fumée" -

Cette aide, interrompue en rétorsion au putsch, ne reprendra que si les civils retrouvent le pouvoir, préviennent les bailleurs.

Début octobre, le ministre des Finances Jibril Ibrahim a exhorté la Banque mondiale à verser de nouveau ses aides car "les plus pauvres sont touchés".

Entre inflation à trois chiffres et pénuries alimentaires, un tiers des 45 millions d'habitants souffrent de la faim.

Faute d'argent, sept millions d'enfants sont déscolarisés, alors que, régulièrement, fonctionnaires et commerçants font grève pour dénoncer la vie chère.

En économie, comme en politique, de nombreux Soudanais craignent aussi un retour de l'ancien régime maintenant que des fidèles de Béchir ont retrouvé leurs postes.

Car l'une des premières décisions du pouvoir putschiste a été de mettre en sommeil le comité chargé de démanteler l'ancien régime militaro-islamiste.

"Tous nos progrès sont partis en fumée avec le putsch", regrette amèrement Mohammed al-Fekki, son chef limogé.

L'autre grand acquis de la transition était l'accord de paix de 2020 avec des rebelles, mais la promesse de former et d'intégrer ces milices à l'armée n'a pas été tenue.

Le putsch a également créé un vide sécuritaire, laissant prospérer les conflits tribaux --près de 550 morts et plus de 210.000 déplacés en 2022.

Le général Burhane s'était engagé à tenir des élections mi-2023.

"Très peu probable", affirme M. Gizouli, car "les politiciens n'organiseront un scrutin qu'une fois qu'ils se seront accordés sur la nature du futur régime", et la place qu'occuperont civils et militaires.

Le Premier ministre Abdallah Hamdok, limogé lors du putsch, a cru un temps pourvoir résoudre cette équation: réinstallé à son poste, il a fini par jeter l'éponge faute de consensus avec les généraux.

- Droit de veto -

Et, chaque jour, les divisions s'approfondissent entre civils qui acceptent de négocier avec l'armée et ceux qui s'y refusent catégoriquement.

"Ces divisions ont permis aux putschistes de se maintenir", concède M. Fekki, "mais une part de ces différends sont fabriqués par les militaires".

Le bloc civil s'est toutefois reformé une fois. En juillet, quand le général Burhane s'est dit prêt à laisser la place à un gouvernement civil, tous ont dénoncé un "retrait tactique" pour maintenir l'influence de l'armée aux commandes du pays quasiment sans interruption depuis l'indépendance.

Quant aux multiples initiatives politiques nées ces derniers mois, elles n'ont pas abouti.

Une proposition de Constitution élaborée par l'association pro-démocratie du barreau soudanais appelant à un gouvernement civil a été saluée par plusieurs dirigeants civils. Et même par le général Mohammed Hamdane Daglo, dit Hemedti, numéro deux du pouvoir militaire qui, récemment, jugeait que le putsch avait "échoué".

Mi-octobre, l'ancien ministre civil Khaled Omar Youssef assurait que "les putschistes avaient accepté (ce document) comme base pour transférer le pouvoir aux civils".

"C'est un signe positif mais la question n'est toujours pas résolue", ajoutait-il.

Pour Hossam Ali, des Comités de résistance, ces groupes de quartier qui organisent les manifestations anti-putsch, "les Soudanais voient bien chaque jour que les putschistes n'ont aucune intention de négocier ou de s'associer".

"Nous, nous avons la patience et la détermination de les mettre à bas", dit-il.

Pour M. Gizouli, quelle que soit la suite, une chose est sûre: l'armée veut garder ce qui était le "premier objectif de son putsch": conserver durablement "un droit de veto en politique".

A.M.Owen--TNT

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