Crise lycéenne: les annonces du gouvernement ne désamorcent pas les appels à la mobilisation
Après un mois de blocus et de manifestations, les annonces très attendues du gouvernement lundi, dont le remplacement progressif de Parcoursup d’ici 2028, n'ont pas convaincu les organisations lycéennes et étudiantes, qui ont appelé à poursuivre la mobilisation.
"Aucune des décisions" prises pour répondre à la crise lycéenne "n'est une promesse en l'air", a assuré devant la presse le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, dont les annonces avaient déjà été largement éventées en début d'après-midi par des influenceuses dans le domaine de l'éducation, reçues à Matignon par Sébastien Lecornu.
Parcoursup, la plateforme d'orientation pour les études supérieures très critiquée depuis le début du mouvement, connaîtra une "évolution forte" dès la rentrée 2027, avec plus de clarté concernant les algorithmes, "avant un remplacement en 2028" qui nécessitera le vote d'une loi au Parlement, a ainsi confirmé le ministre de l'enseignement supérieur Philippe Baptiste.
Ont également été officialisés 15.000 places supplémentaires dans l'enseignement supérieur, en majorité en BTS et IUT, un plan de rénovation des lycées et des universités d'un montant de 5 milliards d'euros au total, essentiellement sous forme de prêts à taux réduit aux collectivités, ainsi que l'indexation à l'inflation des bourses étudiantes.
Le plafonnement à 28 lycéens par classe de seconde, en priorité dans les établissements les plus défavorisés dès la rentrée prochaine avant une généralisation en 2028, a également été confirmé par Édouard Geffray.
Pour y parvenir, les 836 suppressions de postes prévues au budget 2027 seront "annulées" et 500 postes de professeurs supplémentaires seront créés dans les lycées publics, a-t-il précisé.
Le ministre de l’Éducation a aussi annoncé ouvrir plusieurs "chantiers" pour "réduire la pression scolaire".
Le premier portera sur le contrôle continu comptant pour le baccalauréat, avec une suppression envisagée pour la classe de première. L'autre se penchera sur les "choix des spécialités" et la "place des enseignements scientifiques et mathématiques" pour alléger les emplois du temps des élèves.
- "amplifier la grève" -
"Il faut que nos élèves retiennent qu'on va remplacer Parcoursup et que dès cette année, ils vont voir leur vie changer", a plaidé sur France 2 Édouard Geffray. Mais il a aussi prévenu, dans le Parisien, que ces mesures étant "nouvelles", "il faut forcément qu'il y ait un budget pour qu'elles puissent s'appliquer".
À l'approche d'une nouvelle journée d'action à l'appel des gilets jaunes le 31 octobre, et surtout d'une journée nationale de grèves et de manifestations le 5 novembre à l'initiative des syndicats de salariés, l'exécutif espérait endiguer le front de la jeunesse avec ces réponses.
Mais si des organisations lycéennes se sont félicitées d'annonces allant "dans notre sens", elles veulent "continuer la mobilisation", le temps "d'avoir des retours très concrets du terrain", selon Nathanaël Combary de Renouveau lycéen.
L'Intersyndicale jeunesse, qui rassemble des organisations étudiantes (L'Union étudiante, La Fage et l'Unef) et l'Union syndicale lycéenne (USL), a également appelé à retourner dans la rue. Elle revendique 10 mesures principales, évaluées à 10 milliards d'euros, dont la fin de la sélection à l'université, la création de 250.000 places à l'université et une réforme des bourses.
"À ce stade, les revendications qui sont portées par la jeunesse et qu'on soutient en grande partie ne sont pas satisfaites", a aussi estimé Sophie Vénétitay, la secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat dans le second degré. Elle appelle aussi à "amplifier la grève en vue du 5 novembre".
"Les annonces ne suffisent pas : il faut désormais des garanties sur leur financement et leur mise en œuvre", a réagi de son côté le syndicat enseignant SE-Unsa.
- Débat à l'Assemblée mercredi -
Partie d'un lycée de banlieue parisienne le 17 septembre, la contestation sociale s'est étendue, jusqu'à déboucher le 17 octobre sur de vastes manifestations dans tout le pays émaillées, à leurs marges, de casses et pillages.
De quoi concentrer la focale de l'exécutif sur le maintien de l’ordre, avec le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez en première ligne samedi malgré des cortèges sans heurts majeurs de plusieurs centaines de milliers de manifestants, au risque d’éclipser les revendications de la jeunesse et contre la vie chère.
Entre-temps, le gouvernement a ouvert le 5 octobre une plateforme destinée à répondre à la crise lycéenne, qui affichait vendredi, à sa clôture, quelque 100.000 contributions.
Un débat sans vote sur l'avenir de la plateforme aura lieu mercredi à l'Assemblée.
Les présidents d'université ont mis en garde dimanche: supprimer Parcoursup "n'est pas la solution magique" et il ne faut "pas confondre l'outil et la politique délibérée de réduction des moyens" qui "a créé de fortes tensions pour l'entrée dans l'enseignement supérieur".
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R.Campbell--TNT