Après un samedi plus calme qu'attendu, les forces de sécurité prudentes sur les suites de la colère sociale
La journée de mobilisation sociale tant redoutée samedi a été plus calme qu'attendu, malgré des heurts et quelques pillages dans plusieurs villes, mais les forces de sécurité s'interrogent sur la façon de "tenir sur la durée", des appels à manifester étant lancés pour samedi prochain et le 5 novembre.
"On était davantage préparés... une fois qu'on a pris la foudre, on essaie de ne plus se faire surprendre", résume un policier, spécialiste du maintien de l'ordre à Paris, où entre 110.000 et 250.000 personnes ont manifesté, selon les sources.
Au total, samedi, les cortèges pour le pouvoir d'achat et la défense des services publics ont rassemblé entre 410.000 et 800.000 personnes.
Alors que des violences, dégradations et pillages ont émaillé les manifestations du 17 octobre - entre 550.000 et 800.000 participants - la situation est restée globalement calme.
"C'est désolant de se contenter d'un bilan comme celui-là et à quel prix", peste Yoann Maras, délégué national du syndicat policier Alliance.
Car quelque 70.000 policiers et gendarmes avaient été mobilisés sur tout le territoire, 20 % de plus que samedi dernier, "avec des vacations très longues, 18, 19, 20 heures pour certains effectifs", souligne-t-il. "Ca va être très compliqué de tenir ça sur la durée", selon lui.
"Les cortèges se sont bien passés", s'est félicité dès samedi soir le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, sous le feu des critiques pour sa gestion du maintien de l'ordre depuis mi-septembre.
"Ce qui a changé", par rapport à la semaine dernière, "c'est l'anticipation" et le "prépositionnement" des forces de sécurité intérieure, a-t-il justifié devant la presse.
Le "volume des forces engagées" a été augmenté grâce à "des rappels sur des congés", a expliqué le ministre, ajoutant avoir demandé à ses effectifs d'être "mobiles, agiles, réactifs".
- "organismes fatigués" -
Le policier parisien interrogé par l'AFP nuance : "On a eu à peine plus de moyens contrairement à ce qui a été indiqué".
Dans la capitale, le parcours, loin du centre, des commerces et des sites touristiques, "a sans doute été beaucoup plus favorable", décrypte-t-il.
Et même si en fin de cortège, il y avait "2.000 mecs très très violents" - la préfecture de police avait évoqué "500 casseurs" - "les effectifs ont été costauds" et les "ont contenus", note le policier.
"Les pilleurs ne sont pas venus", estime Linda Kebbab, secrétaire nationale du syndicat Un1té, pour qui "le message est passé : ils ont eu peur de l'interpellation".
Selon elle, les militants d'ultragauche étaient, eux, "dispersés, moins nombreux" et "il y a eu un travail commun du service d'ordre de l'intersyndicale, des effectifs sur le terrain et de la préfecture de police".
Selon un bilan provisoire de l'Intérieur, 1.314 personnes ont été interpellées contre 2.628 le 17 octobre.
Le nombre de forces de l'ordre blessées est nettement en baisse, 53 samedi "contre 1.144 la semaine passée", tout comme les incendies (75 contre 2.025) et le nombre de commerces pillés (24 contre 1.522).
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a par ailleurs fait état samedi de deux personnes, des manifestants, "grièvement blessées" à Clermont-Ferrand et à Toulouse, lors d'interventions des forces de l'ordre.
Interdictions de manifester prises dans de nombreuses villes, parcours en dehors des centre-villes, contrôles en amont et saisies d'objets de protection (masques, lunettes, cagoules) et d'attaque (mortiers d'artifice) ont permis d'éloigner le risque de dégradations et de pillages, selon des sources concordantes.
"Maintenant, il faut se mettre en configuration" pour les mobilisations annoncées du 31 octobre et du 5 novembre, soupire le policier parisien.
"C'est dur, les organismes sont fatigués, il y a des blessés mais on sera là", assure-t-il. "Pour les gilets jaunes, on a tenu des mois et des mois".
"Après le 17 octobre, c'était compliqué politiquement de ne pas sécuriser les lieux qui avaient été dégradés et les lieux de pouvoir", estime Linda Kebbab. "On peut comprendre ce déploiement, mais il ne faut pas que ça soit une habitude".
T.Ward--TNT