Malgré un rebond, la Bourse de Paris reste très en retard sur ses voisines européennes
La Bourse de Paris a bouclé vendredi sa meilleure semaine depuis celle du 3 août, sans combler le retard accumulé cette année par rapport aux autres grandes places européennes, en raison notamment des incertitudes politiques en France.
L'indice vedette CAC 40 a gagné 0,28 % vendredi, soit 22 points, pour terminer à 7.956,70 points. Sur l'ensemble de la semaine, il a progressé de 1,97 %.
Ce rebond ne suffit pas à effacer une année 2026 jusque-là décevante pour la place parisienne. Depuis le 1er janvier, le CAC 40 recule encore de 2,37 %.
Sur la même période, l'indice européen de référence, le Stoxx 600, a gagné 8,87 %.
Depuis le début de l'année, Francfort a avancé de 4,62 %, Londres de 9,57 %, Milan de 10,93 % et Madrid de 11,66 %. Amsterdam fait la course en tête avec un bond de plus de 20 %. L'indice néerlandais a d'ailleurs atteint mercredi un record historique en séance et en clôture.
Paris s'éloigne au contraire de ses sommets. Le CAC 40 évolue à près de 9 % sous son record de clôture de 8.726,03 points, atteint le 10 août.
"La première raison, c'est qu'on a toujours un poids assez important des valeurs du luxe, exposées à la Chine et qui ont été très pénalisées par le ralentissement de la consommation chinoise", explique à l'AFP Andrea Tueni, responsable des activités de marché chez Saxo Banque France.
"C'est un poids qui n'est pas du tout présent à Madrid ou à Milan, par exemple", poursuit-il.
Les valeurs du luxe ont fortement chuté cette année. Depuis le 1er janvier, LVMH a perdu 38,45 %, Hermès 36,97 % et Kering 27,92 %.
"Ensuite, il y a la situation politique incertaine de la France", poursuit Andrea Tueni.
- La dette française sous pression -
Le retard de la Bourse de Paris s'accompagne d'une forte tension sur la dette publique française.
Le taux auquel la France emprunte à dix ans a frôlé les 5 % en séance le 2 octobre (4,99 %). Vendredi, il a terminé à 4,80 %. En comparaison, son équivalent allemand, qui fait référence en Europe, était à 3,42 %. Le différentiel entre les deux taux observé ces dernières semaines n'avait plus été aussi élevé depuis 2012.
"Deux raisons expliquent la hausse des taux", selon Andrea Tueni.
"L'une est purement conjoncturelle : l'augmentation des prix de l'énergie pèse sur l'inflation, ce qui tire les taux obligataires vers le haut", explique l'analyste.
L'autre est spécifique à la France en raison d'une double incertitude politique : "le vote du budget et l'élection présidentielle de 2027", ajoute-t-il.
Cet écart avec l'Allemagne "pourrait vraisemblablement grimper encore beaucoup (...) car les tentatives de remettre les finances publiques françaises sur une trajectoire plus soutenable semblent timorées", juge Elias Hilmer, économiste du cabinet britannique Capital Economics.
"Et même après les élections de l'an prochain, la situation pourrait empirer si un gouvernement dirigé par Marine Le Pen ne renonçait pas à certaines de ses propositions les plus coûteuses", ajoute-t-il.
Selon l'économiste, si la candidate à la présidence française, donnée favorite des sondages à ce stade, "s'est engagée à assainir les finances publiques en cas d'élection, elle a aussi fait des promesses fiscales et de dépenses peu crédibles".
- Les gagnants du CAC 40 -
En tête des plus fortes hausses depuis le 1er janvier, le fabricant de puces STMicroelectronics s'envole de 83,47 %, en dépit d'une semaine difficile (-11,55 %).
Suivent le sidérurgiste ArcelorMittal, en hausse de 46,31 % sur l'année, et TotalEnergies, qui gagne 45,19 % dans un contexte de flambée des prix de l'énergie.
M.A.Walters--TNT