Ed Sheeran, superstar de la pop percutée par l'onde de choc de Gaza
Appels au boycott, défection de musiciens... Les déboires d'Ed Sheeran après l'éviction d'un artiste propalestinien de sa tournée américaine montrent que les stars mondiales peuvent elles aussi être percutées par l'onde de choc de la guerre à Gaza.
En amont de son concert samedi à Philadelphie (est), l'auteur du tube planétaire "Shape of You" a tenté d'éteindre l'incendie déclenché par la mise à l'écart du rappeur Macklemore, qui assurait ses premières parties, pour avoir appelé à "libérer la Palestine" lors de deux dates début septembre.
Cette éviction, décidée sous la pression de propriétaires de stades américains dont le milliardaire Robert Kraft, a valu à Ed Sheeran un déluge de critiques sans précédent pour un artiste jusque-là très consensuel.
Accusé de ne pas avoir défendu son ami Macklemore et surtout d'avoir manqué de courage pour dénoncer le sort des Palestiniens, Ed Sheeran est confronté, à 35 ans, au plus grand défi de sa carrière même si, pour l'heure, aucune date de sa tournée américaine n'a été remise en cause.
"Les artistes ne doivent pas être réduits au silence quand ils prennent la parole en faveur des opprimés", a accusé sur les réseaux sociaux le chanteur Finneas, le frère de Billie Eilish, après avoir décidé de quitter avec d'autres la tournée d'Ed Sheeran.
Les militants du Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel (PACBI) appellent, eux, à boycotter la tournée qu'ils qualifient de "complice" d'Ed Sheeran jusqu'à ce que Macklemore y soit réintégré, illustrant l'abrasivité de la guerre à Gaza pour les artistes.
- Tourmente -
Des Oscars aux Emmys en passant par les festivals de Cannes ou de Berlin, ce conflit et son lourd bilan humain côté palestinien (plus de 73.000 morts) se sont imposés dans les discussions, poussant un nombre croissant d'artistes à prendre la parole.
"La Palestine n'a jamais été autant au premier plan", explique à l’AFP Julie Norman, professeure et experte du conflit israélo-palestinien à l'University College London (UCL). "Je pense que la manière dont le monde a été témoin de la guerre, ce que beaucoup ont perçu comme un génocide en cours à Gaza sur les réseaux sociaux, a mobilisé une nouvelle génération".
Pris dans la tourmente, Ed Sheeran, ancien guitariste de rue devenu l'un des chanteurs les plus streamés de sa génération, a tenté de se défendre cette semaine en assurant "ne pas faire de son métier une plateforme politique".
"Je ne suis pas complice. J'ai mes opinions personnelles sur ce conflit dévastateur. Ce n'est pas parce que je choisis de ne pas m'exprimer publiquement que je n'en ai pas, ou que je ne me sens pas concerné", a aussi écrit le chanteur sur Instagram.
Mais ses contempteurs ont exhumé de précédentes prises de position de l'artiste qui s'était produit lors d'un concert pro-Ukraine après l'invasion russe de 2022 et avait signé en 2018, avec d'autres, une lettre ouverte alertant sur les conséquences du Brexit pour l'industrie musicale.
En 2017, il avait aussi déclaré dans une interview qu'il "adorait" Jeremy Corbyn, qui dirigeait alors le Parti travailliste britannique.
Selon Gretchen Larsen, une professeure qui étudie l'industrie musicale à la Durham University Business School, en Grande-Bretagne, cet épisode sera sans effet sur les fans d'Ed Sheeran mais pourrait lui aliéner une partie du public qui l'écoute de manière occasionnelle.
"Dans une certaine mesure, sa réponse n’est pas une réponse neutre, car il a permis à ces +pouvoirs+ de réduire au silence certains artistes et il a suivi ce mouvement ; ainsi, sa réaction initiale est une prise de position politique", affirme-t-elle à l'AFP.
"De toute évidence, il y a un vrai malaise quant à la façon dont toute cette situation est gérée", a-t-elle ajouté.
A.M.Murray--TNT