The National Times - L'ex-président du Kosovo condamné à 25 ans de prison pour crimes de guerre

L'ex-président du Kosovo condamné à 25 ans de prison pour crimes de guerre


L'ex-président du Kosovo condamné à 25 ans de prison pour crimes de guerre
L'ex-président du Kosovo condamné à 25 ans de prison pour crimes de guerre / Photo: © AFP

Un tribunal spécial pour le Kosovo établi à La Haye a condamné mercredi l'ex-président Hashim Thaçi à 25 ans de prison pour des crimes de guerre commis par la guérilla kosovare des années 1990 contre les forces serbes.

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Le panel de juges internationaux des Chambres spécialisées sur le Kosovo a reconnu M. Thaçi coupable notamment "d'arrestation illégale, de torture, de meurtre et de traitement cruel".

"La Chambre vous condamne à une peine unique de 25 ans d'emprisonnement, sous déduction de la période de détention déjà effectuée", a déclaré le juge président Charles Smith en lisant le verdict.

M. Thaçi, 58 ans, vêtu d'un costume sombre, d'une chemise blanche et d'une cravate, l'a écouté de manière impassible.

"Un jugement terrible pour le Kosovo, pour notre guerre de libération. C'est une décision triste, injuste, imméritée", a pour sa part réagi le ministre des Affaires étrangères, Glauk Konjufca, en s'adressant aux médias devant le tribunal.

- Une "peine nuisible" -

Le Premier ministre, Albin Kurti, a qualifié le verdict de "grande peine nuisible", demandant à ce qu'il soit "corrigé". "Ce sont des conclusions injustes, mais elles ne sont pas définitives et feront l'objet d'un examen en appel", a-t-il écrit sur le réseau social Facebook.

Une foule s'était rassemblée à Pristina pour suivre le prononcé de la peine sur des écrans géants. Un compte à rebours jusqu'à l'heure du verdict avait été mis en place sur la grande place de la capitale, accompagné du message "le Kosovo attend". Des panneaux similaires avaient été installés dans d'autres villes.

Au moment de l'énoncé, la foule est devenue silencieuse, comme choquée. Les partisans de M. Thaçi s'attendaient à une libération et des préparatifs avaient déjà commencé en vue de son retour au pays.

Mais une fois qu'il a été clair qu'il resterait en prison, la place s'est quasiment vidée en quelques minutes. "Ce processus ne relevait pas de la justice, mais de la politique", a alors déclaré à l'AFP le retraité Tahir Bytyqi.

Ailleurs dans la capitale, une foule d'hommes jeunes a marché vers le siège de la Mission Etat de droit de l'Union européenne au Kosovo (EULEX), brandissant des drapeaux de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) et scandant son nom. Certains se sont heurtés aux forces antiémeutes et ont jeté des pierres contre le bâtiment.

Près du tribunal à La Haye, des manifestants se sont aussi brièvement affrontés avec la police, qui a actionné un canon à eau pour les disperser.

Pour la plupart des habitants du Kosovo d'origine albanaise, Hashim Thaçi et l'UCK restent les symboles de la lutte pour l'indépendance.

- Assassinats et tortures -

Plus de trois ans après le début de ce procès de première instance, les Chambres spécialisées sur le Kosovo ont déclaré M. Thaçi, ancien chef politique de l'UCK, coupable de crimes commis par cette guérilla pendant la guerre contre les forces serbes, et immédiatement après ce conflit, en 1998 et 1999.

Président du Kosovo au moment de son inculpation en novembre 2020, M. Thaçi avait démissionné et s'était rendu à La Haye, où il avait été placé en détention.

Lors du procès, l'accusation a évoqué des assassinats, tortures, persécutions et détentions illégales de personnes dans des camps au Kosovo et dans le nord de l'Albanie.

Ces crimes ont été commis par des membres de l'UCK à l'encontre de centaines de civils, des Serbes, des Roms et des Albanais du Kosovo considérés comme des opposants politiques, selon l'acte d'inculpation.

Environ 13.000 personnes ont été tuées dans le conflit au Kosovo, dont 11.000 Albanais kosovars, pour la plupart des civils. Cette guerre a pris fin avec une campagne de bombardements de l'Otan qui a contraint les forces serbes à se retirer de ce territoire.

Outre l'ancien chef de l'Etat, ont été jugés dans ce procès Kadri Veseli, le patron du renseignement de l'UCK et un des plus proches alliés de M. Thaçi, Jakup Krasniqi, le porte-parole de la guérilla, et Rexhep Selimi, le chef de ses opérations.

Krasniqi a été condamné à 25 ans de prison, Selimi à 13 ans et Veseli à 18 ans.

Les quatre hommes ont été jugés pénalement responsables de la détention arbitraire et de la torture de centaines de personnes, ainsi que de 96 meurtres, selon le tribunal. Ils ont été acquittés des charges de crimes contre l'humanité.

La procureur Kimberly West avait requis 45 ans de prison contre chacun des quatre hommes, qui ont plaidé non coupable.

D.Kelly--TNT

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