Yémen: des dizaines de morts, dont des civils, dans l'offensive des rebelles houthis
Les affrontements au Yémen entre forces progouvernementales et Houthis ont fait samedi plus de 60 morts, dont des civils, sur fond d'offensive des rebelles pro-iraniens près du stratégique détroit de Bab el-Mandeb.
Ce bilan porte à près de 200 le nombre de morts depuis jeudi, dans les combats les plus meurtriers depuis des années dans ce pays pauvre de la péninsule arabique, dévasté par une guerre entre 2014 et 2022.
L'offensive terrestre des Houthis, appuyée par des tirs de roquettes et des attaques de drones, vise à s'emparer des zones bordant le détroit de Bab el-Mandeb pour consolider leur contrôle de cette voie maritime.
Le passage, qui permet de relier l'Asie à l'Europe via le canal de Suez, a gagné en importance depuis le début de la guerre au Moyen-Orient et le verrouillage par l'Iran du détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.
En juillet, les rebelles avaient annoncé un blocus maritime en mer Rouge contre l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut et allié du gouvernement yéménite, et revendiqué des attaques contre plusieurs de ses pétroliers.
Ils ne tiennent aujourd'hui pas de secteurs donnant directement sur Bab el-Mandeb, mais contrôlent la grande ville portuaire de Hodeïda, sur la mer Rouge plus au nord.
Dans le cadre de leur offensive, ils se sont emparés de secteurs stratégiques dans les hauteurs, qui pourraient leur offrir de nouvelles positions pour viser des navires.
- "Prochaines heures décisives" -
Selon trois sources militaires yéménites, 26 soldats gouvernementaux ont été tués samedi après plusieurs heures de combat dans le sud-ouest, tandis que des sources médicales et militaires au sein des Houthis ont fait état de 31 combattants rebelles tués.
Une source médicale dans la ville de Taëz, contrôlée par le gouvernement, a indiqué qu'une frappe de missile avait tué six civils voyageant à bord d'un bus et en avait blessé sept autres.
Un responsable gouvernemental a attribué cette frappe aux Houthis. Le bus circulait sur une route reliant Taëz à Aden, plus au sud, où s'est réfugié le gouvernement reconnu par la communauté internationale après la prise de la capitale Sanaa par les rebelles en 2014.
Les "prochaines heures seront décisives", a affirmé un responsable militaire à Taëz, après que les rebelles ont conquis la veille des positions à proximité de la ville.
Les Houthis cherchent notamment à couper l'accès à la ville portuaire de Mokha, contrôlée par le gouvernement et visée depuis plusieurs semaines, pour pouvoir progresser vers les zones bordant le détroit de Bab al-Mandeb.
Les combats avaient déjà fait 129 morts jeudi et vendredi, selon un décompte de l'AFP établi à partir de plusieurs sources.
Un responsable militaire a indiqué à l'AFP samedi que des frappes aériennes menées par l'Arabie saoudite avaient visé des positions récemment prises par les Houthis à Taëz.
Il a indiqué par ailleurs que des renforts arrivaient d'Aden.
Dans la région de Hays, à quelque 70 kilomètres au nord-ouest de Taëz, des journalistes de l'AFP ont vu des forces gouvernementales être acheminées vers les lignes de front à bord de pick-up, certains transportant des fusils d'assaut et d'autres des lance-roquettes antichars.
"Les Houthis bombardent intensément Hays et ses habitants, mais la région est difficile d'accès" et sera difficile à conquérir, estime Rashed Maghari, un habitant.
Le Yémen a replongé dans la guerre en juillet, devenant le dernier pays en date à être entraîné dans le conflit au Moyen-Orient, déclenché par l'offensive américano-israélienne sur l'Iran fin février.
Des frappes attribuées à Ryad avaient alors visé l'aéroport de Sanaa, aux mains des Houthis, où l'Iran avait envoyé un avion transportant une délégation rebelle sans solliciter d'autorisation du royaume saoudien, qui contrôle l'espace aérien yéménite.
Les rebelles multiplient depuis les attaques contre des sites militaires et des zones contrôlées par le gouvernement.
T.F.Russell--TNT