"Malaise" au G20 Finance aux Etats-Unis en raison de l'invitation de la Russie
La présence surprise d'un ministre russe a jeté une ombre sur le G20 Finance qui s'achève mardi soir aux Etats-Unis, au moment où Washington attend de ses alliés qu'ils rallient son offensive économique contre Téhéran.
La participation du ministre des Finances Anton Soulianov "a créé un malaise, sans aucun doute", a décrit son homologue canadien François-Philippe Champagne dans un entretien avec l'AFP.
Habituellement persona non grata aux yeux des pays occidentaux, le ministre de Vladimir Poutine a été présent lundi et mardi au sommet rassemblant les argentiers des grandes économies mondiales à Asheville (Caroline du Nord, sud des Etats-Unis).
Il s'est installé, à l'invitation de Washington, autour de la grande table ovale rassemblant les dizaines de délégués dans un majestueux complexe hôtelier au pied des Appalaches.
Il a aussi pu s'entretenir personnellement avec son homologue américain Scott Bessent, hôte du sommet et personnalité phare du gouvernement de Donald Trump, mieux disposé que son prédécesseur démocrate Joe Biden vis-à-vis de Moscou.
Les Européens s'en sont rapidement émus alors que la Russie bombarde sans relâche leur allié ukrainien.
Au moins 12 personnes ont été tuées mardi à Kiev et dans sa région lors de nouvelles frappes nocturnes massives russes.
Berlin vient en outre d'accuser le pays d'avoir envoyé un drone chargé d'explosifs début août à l'aéroport de Leipzig (est de l'Allemagne).
A Asheville, l'Union européenne (UE) a obtenu que le ministre Soulianov soit exclu de la traditionnelle photo de famille. Fait inhabituel: les médias ont été tenus à l'écart quand celle-ci a été prise lundi.
"Ce n'est pas le moment de normaliser la Russie ou la présence de la Russie à ce genre de réunion", a déclaré mardi matin devant la presse le commissaire européen à l'Economie, Valdis Dombrovskis.
"J'ai personnellement toujours eu du mal à discuter de sujets sensibles avec les représentants de régimes qui mènent une guerre et tuent quotidiennement des civils", a-t-il ajouté.
"Nous avons toujours été très fermes dans notre soutien à l'Ukraine et au peuple ukrainien, et cela ne changera pas. (...) Nous sommes aussi très unis avec nos partenaires européens", a souligné de son côté François-Philippe Champagne.
- "Pas la recette du succès" -
Washington organise cette année une série de réunions du G20 (Chine, Inde, Japon, France...) sur son sol.
A celle des ministres des Finances, Scott Bessent a mis en avant pendant deux jours ses politiques, notamment de dérégulation, y voyant un carburant pour la croissance.
Il a aussi tenté de convaincre les autres pays d'isoler davantage Téhéran.
C'est en effet lui qui mène, à coups de sanctions, le volet économique de l'offensive américaine contre l'Iran, que la force militaire n'a pas réussi à faire plier jusqu'ici.
Il a annoncé mardi prévoir de placer prochainement deux banques, qu'il n'a pas nommées, sur sa liste noire des organisations commerçant avec Téhéran.
"Très peu de réunions récentes du G20 ont débouché sur des avancées significatives, et il est peu probable que celle-ci fasse exception", a estimé auprès de l'AFP James Lindsay, du groupe de réflexion Council on Foreign Relations.
Il ne pense pas que le sommet d'Asheville tienne "la recette du succès", vu "le mécontentement de nombreux ministres du G20 face à la participation du ministre russe des Finances ou l'exclusion de l'Afrique du Sud".
Membre permanent du groupe (comme la Russie), Pretoria a été écarté par les Américains qui accusent régulièrement, sans preuve, les autorités sud-africaines de persécuter les fermiers blancs.
Les organisateurs ont par ailleurs refusé d'accréditer plusieurs journalistes travaillant pour le New York Times, le Wall Street Journal ou encore l'agence de presse économique Bloomberg.
La dernière assemblée du G20 aux Etats-Unis réunira les chefs d'Etat en décembre dans un luxueux complexe de golf appartenant à Donald Trump à Miami (Floride).
"Le sommet de décembre s'annonce compliqué", reprend l'analyste James Lindsay, citant les "grandes divergences entre les États-Unis et la Chine, mais aussi entre les États-Unis et leurs alliés".
Washington a récemment imposé des droits de douane punitifs sur les exportations de son voisin canadien, qui a riposté avec une série de surtaxes qui doivent entrer en vigueur le 8 septembre.
"Nous n'avons pas voulu de ce conflit commercial mais nous devons réagir pour que les entreprises (canadiennes) ne soient pas désavantagées par rapport aux entreprises américaines", a justifié le ministre Champagne auprès de l'AFP avant d'aller s'entretenir avec Scott Bessent.
D.Cook--TNT