The National Times - Carmen Cid, une enfant de la guerre d'Espagne au destin britannique

Carmen Cid, une enfant de la guerre d'Espagne au destin britannique


Carmen Cid, une enfant de la guerre d'Espagne au destin britannique
Carmen Cid, une enfant de la guerre d'Espagne au destin britannique / Photo: © AFP

"On pensait qu'on partait en vacances": Carmen Cid avait 8 ans quand elle a été évacuée vers le Royaume-Uni pour échapper à la guerre civile espagnole, sur un bateau transportant 4.000 enfants. Certains, comme elle, ne sont jamais rentrés vivre dans leur pays natal.

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A 97 ans, cette femme rencontrée par l'AFP chez elle dans le nord-ouest de l'Angleterre, fait partie des derniers survivants de ceux qui ont été baptisés les "enfants de la guerre" ("Niños de la Guerra").

Elle vivait à Bilbao, au Pays basque espagnol (nord) quand, en 1937, elle a embarqué sur le SS Habana à Santurce, à destination de Southampton en Angleterre, avec sa soeur Edurne, 11 ans, et son frère José Luis, 10 ans.

"On nous a dit que nous rentrerions au bout de trois mois. C'est ce qu'avaient compris la plupart des enfants", explique Carmen Cid, interviewée à son domicile de Carlisle, ville du nord-ouest de l'Angleterre où elle vit avec son fils Luis Eckersley, 66 ans, et sa belle-fille.

"Tous les enfants criaient et pleuraient. C'est quelque chose que je n'oublierai jamais".

En 1936, un soulèvement militaire contre la République dirigée par le Front Populaire de gauche déclenche la guerre civile en Espagne. Elle s'achève en 1939 avec la victoire des insurgés et l'établissement d'une dictature dirigée par Francisco Franco jusqu'à la mort du "Caudillo" en 1975.

Le père de Carmen, Francisco, ouvrier naval à Bilbao qui soutenait le camp républicain, se retrouve emprisonné entre 1937 et 1949. Sa mère, Frutosa, infirmière, entend parler des évacuations d'enfants et décide de faire fuir les siens pour les protéger.

- Vie "volée" -

Au total, entre 32.000 et 50.000 enfants, selon les estimations, ont été envoyés à l'étranger en 1937-1938 par leurs familles afin de leur éviter les bombardements, la faim et les pénuries. Ils ont été accueillis principalement en France (20.000), mais aussi en Belgique, au Royaume-Uni et en Union soviétique, selon le site des archives espagnoles.

"J'ai l'impression qu'on m'a volé une partie de ma vie. Et je m'étais promise que si j'avais un jour des enfants, je ne m'en séparerais jamais", explique-t-elle.

La nonagénaire, qui "comprend l'espagnol" mais a "du mal" à le parler, préfère s'exprimer en anglais.

Après sa libération en 1949, les parents de Carmen ont réussi à s'exiler, d'abord dans le sud de la France, puis à Glasgow, en Écosse, où vivaient deux de leurs enfants.

Francisco — qui avait trouvé du travail dans les chantiers navals — et Frutosa se sont d'abord installés chez leur fille Edurne avant d'avoir leur propre logement.

Si la majorité des 4.000 enfants débarqués en mai 1937 à Southampton sont finalement retournés en Espagne, environ 500 n'ont pas pu le faire, leurs parents étant emprisonnés ou morts.

Carmen et sa fratrie ont d'abord été hébergés avec une centaine d'autres enfants dans un foyer à Brampton, près de Carlisle, avant d'être placés dans des familles d'accueil.

Carmen a rejoint la famille de Norman Alford, un jeune lithographe sympathisant des républicains espagnols, qui avait convaincu ses parents d'accueillir une "enfant de la guerre".

Edurne et José Luis ont eux été accueillis par des familles écossaises, dans la région de Glasgow.

"Mon oncle (José Luis, ndlr) n'a pas eu autant de chance (que sa soeur, ndlr). La famille qui l'a accueilli manquait de moyens et ne s'est pas aussi bien occupée de lui", explique Luis Eckersley, le fils de Carmen.

Carmen, qui rendait visite au reste de sa famille quand elle le pouvait, est restée vivre chez les Alford à Carlisle jusqu'à son mariage, à 23 ans.

Elle a quitté l'école à 14 ans, travaillé dans une usine de confection, avant de rencontrer Clifford Eckersley, un coiffeur de Carlisle.

Grâce à son nom d'épouse, Carmen a pu voyager en Espagne à plusieurs reprises avec son mari et leurs deux enfants, alors que Franco était encore au pouvoir.

Comme elle, ses parents et frère et sœur, aujourd'hui décédés, sont restés vivre au Royaume-Uni.

Pour préserver la mémoire de ces "Enfants de la Guerre", l'association britannique Basque Children 37 a été fondée en 2002. Elle recense aujourd'hui quatre survivants au Royaume-Uni, dont Carmen.

S.M.Riley--TNT

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