Le Niger repousse une nouvelle attaque contre l'aéroport de Niamey
Le Niger a repoussé jeudi matin une nouvelle attaque de jihadistes présumés contre l'aéroport de sa capitale, Niamey, six mois après une première offensive revendiquée par le groupe Etat islamique.
Le Niger est dirigé depuis près de trois ans par une junte qui peine à endiguer les violences jihadistes qui frappent le pays.
Fin janvier, l'aéroport de Niamey ainsi que la base militaire attenante avaient déjà été pris pour cible pendant plusieurs heures par une attaque d'ampleur repoussée par l'armée nigérienne et ses partenaires russes.
"J'ai entendu les premiers coups de feu à 06h00 (05H00 GMT). Les tirs proviennent de la grande porte d'entrée de l'aéroport", a indiqué à l'AFP un riverain joint par téléphone, évoquant "une attaque terroriste".
Selon cette source, les coups de feu se sont poursuivis pendant au moins deux heures, tandis qu'un autre habitant de la zone confirmait que les tirs venaient de l'entrée principale de l'aéroport, au niveau d'un poste de fouille.
Ce poste se situe à quelques centaines de mètres de l'entrée de l'aérogare, où des policiers armés fouillent les véhicules et contrôlent les identités.
Selon une source aéroportuaire, les assaillants armés sont arrivés jusqu'au dispositif policier "à bord de taxis" avant d'être confrontés à une "résistance farouche" des forces de sécurité.
Le calme était revenu vers 10H00 (09h00 GMT) dans la zone, et selon la source aéroportuaire, les assaillants se sont "éparpillés dans les quartiers environnants où les forces de sécurité mènent de vastes ratissages".
"La zone est toujours sous haute surveillance militaire", a-t-elle ajouté.
"De nombreux assaillants ont été abattus, d'autres capturés avec l'aide de la population" a indiqué la même source, ce qu'a confirmé un conducteur de taxi moto de la zone.
Plusieurs habitants de la capitale joints par l'AFP ont par ailleurs noté un fort dispositif sécuritaire dans la zone de l'aéroport.
L'un d'eux qui devait voyager jeudi, a indiqué qu'"arrivé près de l'aéroport, des militaires ont expliqué qu'il n'est pas possible de prendre l'avion".
- "Faille" -
Cet incident survient moins de six mois après l'attaque du 29 janvier qui avait marqué les esprits au Niger, l'aéroport de la capitale étant alors frappé pour la première fois par les jihadistes. Elle avait fait quatre blessés et de nombreux dégâts matériels, selon les autorités.
Le site est sensible: entre décembre et janvier, il accueillait une importante cargaison de concentré d'uranium, bloquée en attendant d'être exportée. Aucun mouvement de cette cargaison n'a été identifié depuis.
L'attaque de janvier a "sans aucun doute prouvé la menace posée par l'EIS (Etat islamique au Sahel, NDLR) et ses capacités croissantes", analysait le chercheur Wassim Nasr dans une étude du Soufan Center publiée mercredi.
Le général Abdourahamane Tiani, chef du régime militaire issu d'un coup d'Etat en juillet 2023, avait évoqué "une faille dans le dispositif" qui "a permis l'attaque", dont "l'objectif était de détruire toutes les capacités aériennes" de l'armée.
Ces dernières semaines, le régime avait lancé une grande campagne de destructions de quartiers autour de l'aéroport pour se protéger du "risque terroriste".
D'autres mesures de sécurité ont été prises: à l'aéroport, le mur de clôture a été rallongé et plus de 350 caméras ont été installées à l'intérieur et à l'extérieur de l'enceinte.
"Le fait que l'attaque ait encore commencé dans la matinée et ait duré longtemps indique que les mesures prises n'ont pas été efficaces jusque-là. La facilité avec laquelle ces attaques sont menées suggère aussi que les assaillants sont capables d'obtenir des informations de l'intérieur", explique à l'AFP Hasret Kargin, chercheur au cabinet d'intelligence Mintel World.
En outre, ces derniers jours, "l'EIS a lancé de nouvelles attaques dans le pays", il "est le premier groupe qui vient à l'esprit pour cette attaque également", dit-il.
Le régime militaire nigérien qui n'a pas communiqué sur cette attaque, jeudi, fait face aux jihadistes depuis le milieu des années 2010, contre qui il peine à lutter, comme ses voisins le Burkina Faso et le Mali.
En avril, le JNIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans) avait durement frappé le Mali voisin, également gouverné par une junte, jusque dans la capitale Bamako.
Niamey a choisi de tourner le dos à son partenaire historique, l'ex-puissance coloniale française, qu'il accuse même régulièrement d'être le "sponsor" des jihadistes, ce que Paris réfute.
Il s'est tourné vers des partenaires qu'il juge plus "sincères": la Russie, la Turquie ou l'Iran par exemple.
T.Allen--TNT