Comment le foot français a fini par se mobiliser pour le journaliste Christophe Gleizes
Les parents du journaliste sportif Christophe Gleizes, détenu depuis bientôt un an en Algérie, avaient appelé le monde du football à oeuvrer à sa libération: ils donneront vendredi le coup d'envoi symbolique de la finale de la Coupe de France, une rareté dans un univers peu enclin à prendre position.
La finale de la compétition organisée par la Fédération française de football (FFF), opposant le RC Lens à l'OGC Nice au Stade de France, se jouera "aux couleurs" de Christophe Gleizes, ont annoncé jeudi l'instance et l'organisation Reporters sans frontières.
"C'est un grand honneur", a déclaré vendredi à l'AFP la mère du reporter, Sylvie Godard. Il "se sentira encore plus fort lorsqu'il apprendra que la France du football et ses supporters lui ont dédié ce grand moment".
Le journaliste de 37 ans a été arrêté en mai 2024 en Algérie dans le cadre d'un reportage en Kabylie. Condamné à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme", sa peine a été confirmée en appel en décembre.
Sa famille demande désormais une grâce du président algérien Abdelmadjid Tebboune.
RSF, qui chapeaute son comité de soutien, a salué "l'engagement sans faille" de la FFF en faveur du journaliste.
Finaliste, Nice a été le premier club professionnel à se mobiliser publiquement pour le journaliste qui écrit notamment pour le magazine So Foot, en relayant dès juillet 2025 une pétition. Une volonté de défendre "la liberté de la presse et le respect des droits fondamentaux de l'être humain", explique à l'AFP Virginie Rossetti, directrice de la communication.
Lens aussi a voulu "mettre au centre du terrain un emprisonnement qu'on ne peut tolérer", avait déclaré son directeur général Benjamin Parrot, mi-avril sur la chaîne Ligue 1+, avant un match amical dédié au journaliste dont une partie des recettes a été versée à RSF.
- Risques -
Prendre position peut être périlleux pour un club ou un acteur du football, souligne auprès de l'AFP Jean-Baptiste Guégan, spécialiste en géopolitique du sport.
Il peut leur être reproché de sortir du principe de "neutralité du sport". Ils doivent aussi composer avec la diversité des points de vue des supporters ou partenaires, et le risque de "s'aliéner" des acteurs ayant des liens avec l'Algérie.
Mais ici, le mot d'ordre est consensuel: appeler à la libération du journaliste, sans verser dans "la contestation ou la critique" de l'Algérie, estime le spécialiste.
A ses yeux, une telle "unanimité" des clubs pour une mobilisation est une "première".
Certains soutiens auraient toutefois souhaité une plus forte mobilisation du PSG, club français emblématique dont Christophe Gleizes est supporter.
La mère du reporter avait écrit mi-décembre à Nasser al-Khelaïfi, président du club parisien, détenu par le Qatar, pour demander au club "mondialement connu et respecté" un message de soutien.
Les parents du journaliste ont été reçus par la direction du club au Parc des princes, lors d'un match auquel ils ont été invités, indique le club à l'AFP, rappelant que le PSG s'est associé à l'appel de la Ligue de football professionnel pour relayer sur X et dans le stade des messages en faveur de la libération du journaliste.
- "Visibilité" -
Si des entraîneurs ou d'anciens joueurs se sont exprimés en faveur du journaliste, aucun joueur ou joueuse star en activité n'a individuellement pris position.
Ce type d'engagement les place toujours dans une "situation complexe", explique Carole Gomez, chercheuse associée en géopolitique du sport à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et assistante diplômée à l'Institut des sciences du sport de l'Université de Lausanne.
Ils peuvent notamment vouloir se protéger des "conséquences, menaces ou sanctions dont ils pourraient faire l'objet" en cas de position tranchée.
Le Français Kévin Lamour, numéro 3 de la Fédération internationale du football (Fifa), fait aussi partie d'acteurs du monde de foot impliqués dans le dossier, ont confié à l'AFP de sources au fait des négociations, sans détailler pour ne pas compromettre les discussions.
L'impact de cette mobilisation du football, en parallèle des plus classiques et très discrètes tractations diplomatiques, demeure difficile à évaluer. Le ministre français de la Justice Gérald Darmanin avait précisé le 18 mai avoir évoqué le cas du journaliste lors de sa visite à Alger.
Pour Thibaut Bruttin, directeur général de RSF, le football joue en tout cas un "rôle fondamental dans la mobilisation citoyenne et la visibilité du cas de Christophe", appelant à sa libération avant la Coupe du monde de football, à laquelle participeront la France comme l'Algérie.
cb-rbo-ali-tll/sva/cl/ib
R.Campbell--TNT