Moyen-Orient: les marchés boursiers écoutent encore Trump... et replongent
Les marchés boursiers ont replongé jeudi dans le rouge avec la même rapidité qu'ils avaient rebondi la veille, prenant au pied de la lettre un énième changement de ton du président américain Donald Trump au sujet de la guerre qu'il a lancée contre l'Iran.
Déboussolé, New York devrait ouvrir à la baisse, d'après les contrats à terme sur les trois principaux indices deux heures avant le coup de cloche: S&P 500 (-1,33%), Nasdaq (-1,73%), Dow Jones (-1,15%).
"Un réveil difficile attend Wall Street", prédit le courtier Aurel BGC après l'allocution à la nation du président américain, qui efface tout espoir de sortie rapide de crise dans une région grande productrice de pétrole et de gaz.
En Europe, les Bourses s'apprêtaient également à fermer en baisse à la veille d'un long week-end de Pâques jusqu'à mardi matin: Francfort reculait (-2,38%), tout comme Paris (-1,33%) et Milan (-1,69%), selon un pointage peu après 11H30 GMT.
Soutenue par les titres des entreprises liées au pétrole, Londres limite les pertes à -0,48%.
- Le pétrole repart à la hausse -
Car le pétrole est également reparti à la hausse après des propos de Trump promettant de ramener l'Iran à "l'âge de pierre" en frappant Téhéran "extrêmement durement au cours des deux à trois prochaines semaines".
Référence sur le marché du brut, le Brent de la mer du Nord valait 109,07 dollars le baril (+7,82%) après des propos qui éloignent la perspective d'une réouverture prochaine du détroit d'Ormuz et d'un apaisement au Moyen-Orient.
Son équivalent américain du WTI progressait de 8,48% à 108,61 dollars le baril, selon ce même pointage peu avant 11H30 GMT.
"Le discours a semblé produire l’effet inverse de celui qu’attendaient les investisseurs : le pétrole est reparti à la hausse, les rendements obligataires ont grimpé et les marchés actions ont reculé", résume Matt Britzman, analyste senior pour l'entreprise financière britannique Hargreaves Lansdown.
"Il s'ensuit un mouvement classique d'aversion au risque sur l'ensemble des classes d’actifs, les espoirs de nouveaux progrès vers une désescalade cédant la place à un regain d'incertitude", ajoute-t-il.
Sur ce marché perdu dans le brouillard des déclarations contradictoires de Donald Trump, le champion du monde des gestionnaires d'actifs BlackRock cherche la bonne stratégie et les bonnes affaires.
"Nous privilégions tout particulièrement ce que nous appelons +l’électro-tech+ : les batteries, l’électronique de puissance et les moteurs électriques au cœur de l’IA, de l’énergie, des infrastructures et de la défense", lit-on dans les commentaires hebdomadaires de BlackRock.
- Les taux remontent -
La perspective d'une poursuite de la guerre ravive la peur d'une inflation qui s'installerait dans l'économie mondiale, ce qui fait remonter les taux d'intérêt des dettes souveraines en Europe, après l'accalmie des derniers jours.
Le taux allemand, référence sur le continent européen, repassait jeudi la barre symbolique des 3,00%, à 3,03%, contre 2,98% la veille. Il a grimpé depuis le début du conflit à des sommets plus vus depuis 2011, alors qu'il atteignait environ 2,70% avant la guerre.
Son équivalent français atteignait lui 3,75%, contre 3,67% la veille, et 3,20% avant la guerre. Le taux d'intérêt italien prenait lui plus de 0,10 point de pourcentage, à 3,94% peu avant 11H30 GMT, contre 3,82% la veille.
Ces taux montent avec les risques d'inflation, car les créanciers demandent des garanties face à l'érosion de la valeur de leur capital prêté. Les investisseurs tablent en outre sur une politique monétaire des banques centrales plus restrictive, pour combattre cette inflation.
Le dollar repart lui aussi à la hausse jeudi (1,15 dollar pour un euro vers 11H30 GMT).
Le billet vert bénéficie depuis le début de la guerre de son rôle de monnaie internationale dans le marché du pétrole, et du fait que les États-Unis sont davantage indépendants en matière énergétique, contrairement à l'Europe et à l'Asie.
L.Johnson--TNT