The National Times - Le navire de SOS Méditerranée reprend les sauvetages en mer

Le navire de SOS Méditerranée reprend les sauvetages en mer


Le navire de SOS Méditerranée reprend les sauvetages en mer
Le navire de SOS Méditerranée reprend les sauvetages en mer / Photo: © AFP/Archives

Près de six mois après avoir essuyé des tirs au large de la Libye, l'Ocean Viking, navire ambulance affrété par SOS Méditerranée, a repris la mer pour la première fois ces dernières semaines, secourant plus de 120 migrants dans un contexte parfois tendu.

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"On doit s'adapter (...), faire des sauvetages le plus vite possible", explique Jérôme, responsable des opérations de sauvetage, qui ne souhaite pas donner son nom, après un entraînement visant à se préparer à une éventuelle "escalade dans la violence".

Fin août 2025, le bateau, qui transportait des survivants et cherchait une autre embarcation en détresse, a été pris pour cible par des tirs continus des garde-côtes libyens pendant une vingtaine de minutes selon l'ONG, qui a porté plainte devant le parquet de Marseille.

L'attaque n'a pas fait de blessé mais l'Ocean Viking, endommagé, est resté à quai plusieurs mois.

Parti de Sicile fin décembre pour patrouiller en Méditerranée centrale, la route migratoire la plus dangereuse au monde selon l'ONU, le navire commence par embarquer 33 migrants le 31 décembre.

Ils ont été récupérés par le navire de ravitaillement d'une plateforme pétrolière off-shore, qui ne peut pas les garder.

Parmi eux, Manzoul, un Soudanais de 24 ans, a quitté le Soudan il y a huit ans, et tenté sa chance en Egypte avant de se résoudre à tenter de rallier Londres.

- "Pas d'avenir" -

"La vie en Égypte ne menait à rien pour moi, il n'y avait pas d'avenir", explique-t-il à l'AFP, à bord du bateau qui l'emmène vers l'Italie. "Je vais en Europe parce que mon rêve c'est de vivre auprès de ma mère".

Cette dernière a quitté le Soudan alors qu'il n'avait que neuf ans, afin de trouver les soins cardiaques dont elle avait besoin.

Faute de pouvoir la rejoindre légalement, il a traversé l'enfer libyen, les milices qui "vendent des gens: des Somaliens, des Soudanais. Il faut avoir le cœur bien accroché pour tenir, sinon tu craques."

Le jour-même, l'Ocean Viking est appelé à la rescousse d'un pneumatique.

Mais après plusieurs heures de navigation, les autorités libyennes changent d'avis, ordonnant à l'Ocean Viking de quitter la zone. L'embarcation clandestine sera interceptée par les garde-côtes, ses passagers renvoyés en Libye, comme un nombre grandissant de migrants.

En 2025, 27.000 migrants ont ainsi été interceptés en Méditerranée centrale par les forces libyennes et renvoyés dans le pays, selon l'Organisation internationale des migrations (OIM), contre 21.000 en 2024.

Après dix jours de mer pour déposer ses passagers à terre à Savone, un port du nord de l'Italie, puis retourner dans le centre de la Méditerranée, l'Ocean Viking est à nouveau mobilisé le 16 janvier: un pneumatique surchargé est en panne dans une mer agitée.

Les secouristes le repèrent et mettent à l'eau trois canots, s'approchant avec précaution: le moindre mouvement de panique peut être fatal. Puis ils distribuent les gilets de sauvetage et embarquent les 46 migrants, quasiment tous Soudanais, en commençant par les plus vulnérables.

Sur le chemin du retour, l'équipage est alerté qu'un autre groupe de 44 migrants secouru par un bateau marchand est en difficulté: eau et nourriture commencent à manquer.

Le 17 janvier, la docteure du bord, Anne, découvre sur le pont arrière du vraquier délabré des dizaines de personnes allongées, dont seuls les yeux semblent bouger.

Beaucoup toussent et suffoquent sous l'effet d'une déshydratation sévère. Egyptiens, Bangladais, Pakistanais, dont certains n'arrivent plus à marcher, rejoignent l'Ocean Viking.

"A quelques heures près", leur vie était en danger, souligne-t-elle.

Mais dès les premières gorgées d'eau avalées, certains racontent le départ chaotique de Benghazi (Libye) dans une mer agitée, et les passeurs qui ont tué deux candidats à l'exil trop réticents à embarquer.

En 2025, plus de 2.200 personnes tentant de rejoindre l'Europe sont mortes en mer Méditerranée, selon l'OIM.

N.Taylor--TNT