The National Times - Cambodge: sauve-qui-peut dans la "ville des arnaques" après la chute d'une figure du milieu

Cambodge: sauve-qui-peut dans la "ville des arnaques" après la chute d'une figure du milieu


Cambodge: sauve-qui-peut dans la "ville des arnaques" après la chute d'une figure du milieu
Cambodge: sauve-qui-peut dans la "ville des arnaques" après la chute d'une figure du milieu / Photo: © AFP

Leurs valises bouclées à la hâte, des centaines de personnes fuient un centre de cyberarnaque de Sihanoukville, sur la côte cambodgienne, après l'arrestation et l'extradition d'une figure présumée de cette industrie clandestine.

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Ecrans d'ordinateur, meubles et animaux de compagnie sont chargés à bord de tuk-tuks, grosses voitures ou cars touristiques devant le casino Amber, qui abritait l'un des centres les plus notoires du pays.

"C'est le bazar au Cambodge. Ce n'est plus sûr de travailler où que ce soit", lâche à l'AFP un Chinois sur le départ.

Des scènes similaires ont eu lieu cette semaine dans plusieurs centres d'escroquerie présumés à travers le Cambodge, dont le gouvernement affirme sévir contre un secteur pesant plusieurs milliards de dollars.

Une opération "théâtrale", dénonce un expert, alors que de nombreux employés ont quitté ces bâtiments hautement sécurisés plusieurs jours avant l'arrivée des autorités.

Les petites mains œuvrant dans les centres sont parfois des arnaqueurs consentants, mais aussi des étrangers victimes de traite, piégés et contraints de travailler sous la menace de violences.

Disséminées dans plusieurs pays d'Asie du Sud-Est, elles piègent des internautes du monde entier à travers de fausses relations amoureuses ou des investissements dans les cryptomonnaies.

- Station balnéaire -

L'arrestation très médiatisée la semaine dernière au Cambodge du magnat Chen Zhi, extradé dans la foulée vers la Chine, a provoqué une onde de choc dans le milieu.

"Notre entreprise chinoise nous a simplement demandé de partir immédiatement. Mais ça va aller, il y a plein d'autres offres d'emplois", témoigne un Bangladais, sous couvert d'anonymat, devant le casino Amber de Sihanoukville.

Parsemée de casinos et de gratte-ciel inachevés, la clinquante station balnéaire est devenue un foyer de cyberescroqueries.

Avant d'être inculpé l'an dernier par les autorités américaines, qui affirment que son conglomérat, le groupe Prince, sert de paravent à une organisation criminelle transnationale, Chen Zhi y dirigeait plusieurs établissements de jeux.

Dans un rapport publié en 2025, Amnesty International a identifié 22 centres d'arnaque à Sihanoukville, sur un total de 53 dans le pays.

Mais face aux pressions internationales, le gouvernement cambodgien assure que l'ère du laxisme est terminée. Une commission anti-escroqueries dit avoir mené des raids dans plus d'une centaine de sites et arrêté environ 5.000 personnes au cours des six derniers mois.

- "Survivre" -

Depuis l'extradition de Chen Zhi, le gouvernement cambodgien a resserré l'étau autour de son groupe, ordonnant la liquidation de la banque Prince et gelant les ventes de logements dans plusieurs de ses propriétés de luxe.

Mais alors que le Cambodge affirme "sévir", des soupçons pèsent sur le calendrier suivi.

Selon un conducteur de tuk-tuk à Sihanoukville, des centaines de Chinois ont quitté un centre cette semaine avant l'arrivée de la police. "On dirait qu'ils ont été prévenus", avance-t-il.

Mark Taylor, ancien responsable d'une ONG luttant contre le trafic d'êtres humains, y voit le fruit d'une "collusion" derrière une stratégie "double" du gouvernement: donner des gages à la communauté internationale tout en permettant à l'industrie de survivre.

Amnesty a accusé les autorités cambodgiennes d'ignorer délibérément les abus commis par les gangs, qui attirent parfois des travailleurs avec des offres d'emplois bien rémunérés avant de les retenir contre leur volonté.

Des journalistes de l'AFP ont vu plusieurs cars remplis de sinophones quitter Sihanoukville par l'autoroute principale vers la capitale Phnom Penh.

Plusieurs personnes ont déclaré ne pas savoir où elles allaient, ni quels étaient leurs projets, mais semblaient anxieuses à l'idée d'être confrontées aux forces de l'ordre.

"Il s'agit désormais de survivre", lance le travailleur bangladais avant de se fondre dans la foule avec son sac de marque de contrefaçon.

F.Harris--TNT

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