The National Times - En Iran, la télévision d'Etat diffuse des "aveux" de manifestants

En Iran, la télévision d'Etat diffuse des "aveux" de manifestants


En Iran, la télévision d'Etat diffuse des  "aveux" de manifestants
En Iran, la télévision d'Etat diffuse des "aveux" de manifestants / Photo: © KHAMENEI.IR/AFP

Le chef du pouvoir judiciaire iranien a mené lui-même, et devant les caméras de la télévision d'Etat, l'interrogatoire de manifestants arrêtés, faisant craindre aux défenseurs des droits humains des "aveux forcés" mis en scène pour instiller la peur dans le pays.

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Sur la séquence diffusée jeudi, Gholamhossein Mohseni Ejeï apparaît assis, entouré d'autres responsables, sous des portraits du guide suprême Ali Khamenei et du fondateur de la République islamique Rouhollah Khomeiny.

Sur une chaise, une femme, dont le visage est flouté, leur fait face, voile noir et blouson rouge. Elle est accusée d'avoir jeté des blocs de béton sur les forces de sécurité depuis le toit d'un immeuble à Téhéran.

"Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, pourquoi j'ai fait quelque chose d'aussi stupide", dit-elle la voix brisée de sanglots.

Ces derniers jours, la télévision d'Etat a diffusé selon les ONG des dizaines de vidéos similaires d'interrogatoires d'"émeutiers", menés par le chef du pouvoir judiciaire en personne. Tous semblent reconnaître sans opposition les faits reprochés.

La télévision d'Etat "a commencé à diffuser des aveux forcés de manifestants quelques jours après le début de la contestation", le 28 décembre, affirme Iran Human Rights (IRH), basée en Norvège.

"La diffusion d'aveux obtenus sous la contrainte et la torture, avant toute procédure judiciaire, est contraire à la présomption d'innocence", ajoute l'ONG.

Selon IRH, au moins 3.428 personnes ont été tuées au cours du mouvement de contestation qui a défié ouvertement le pouvoir d'Ali Khamenei, et environ 10.000 autres ont été arrêtées.

A l'international, les condamnations dénonçant une répression "sanglante" ont afflué de toutes parts.

- "J'ai envoyé un message..." -

Mercredi, lors d'une visite de cinq heures dans une prison de Téhéran, Gholamhossein Mohseni Ejeï avait promis des procès "rapides" et "publics" pour les manifestants interpellés.

Là aussi, dans une salle ornée de tapis, on le voyait interroger placidement un homme en tenue grise de prisonnier, qui répondait tête baissée d'accusations de détention de cocktails Molotov.

Sur une autre de ces vidéos, on voit selon l'organisation Human Rights Activists News Agency deux adolescentes, arrêtées dans la ville d'Isfahan (centre), "avouer" avoir été payées pour manifester.

Autre séquence encore: une femme vêtue d'un tchador blanc à fleurs reconnaît avoir envoyé un message au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

"J'ai fait quelque chose que je ne peux même pas me pardonner. J'ai envoyé un message..."

"À qui?", insiste plusieurs fois M. Ejeï.

"Je ne peux même pas prononcer son nom. Le pire individu d'Israël", répond la mise en cause.

"Elle a envoyé des messages à Netanyahu", intervient un autre responsable.

Dans ces vidéos, aucun responsable ne mentionne de preuve corroborant les faits reprochés.

Gholamhossein Mohseni Ejeï, sous le coup de sanctions des Etats-Unis et de l'Union européenne, ancien ministre des Renseignements, est un religieux ultraconservateur ayant fait carrière au coeur du pouvoir.

Il est "un exécutant impitoyable de la République islamique, sans considération aucun pour les droits humains", disait de lui l'ONG américaine United Against Nuclear Iran en 2024.

Des groupes d'opposition l'ont aussi accusé d'avoir joué un rôle dans des exécutions de masse de prisonniers politiques en 1988.

Et selon Reporters sans frontières, qui rappelle par ailleurs qu'en 2024 il avait mordu un journaliste à l'épaule pendant un débat, l'homme a "du sang sur les mains".

"Si quelqu'un a mis le feu à une personne, l'a décapitée avant de brûler son corps, nous devons faire notre travail rapidement", avait-il déclaré mercredi lors de sa visite à la prison détenant des manifestants.

En retardant l'échéance, "ça n'aurait pas le même effet" avait-il ajouté.

P.Sinclair--TNT

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