The National Times - Une communauté bédouine de Cisjordanie chassée par le harcèlement de colons israéliens

Une communauté bédouine de Cisjordanie chassée par le harcèlement de colons israéliens


Une communauté bédouine de Cisjordanie chassée par le harcèlement de colons israéliens
Une communauté bédouine de Cisjordanie chassée par le harcèlement de colons israéliens / Photo: © AFP

Aussi résignés qu'abattus, les habitants bédouins du village de Ras Ein al-Auja ont démonté leurs enclos à moutons et chargé leurs affaires sur des camions. Ils sont chassés de leur village, en Cisjordanie occupée, par la recrudescence des violences de colons israéliens.

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"Ce qui se passe aujourd'hui, c'est l'effondrement total de la communauté à la suite des attaques continues et répétées des colons, jour et nuit, depuis deux ans", déclare à l'AFP Farhan Jahaleen, un habitant de cette communauté.

La menace de déplacement planait sur le hameau bédouin palestinien depuis l'installation de colons israéliens dans la région. Elle a atteint son paroxysme ces derniers mois et près de la moitié des 130 familles de la communauté ont quitté les lieux.

"Environ 50 familles ont commencé à démonter leurs maisons afin de partir. Vingt familles du clan Ka’abneh sont parties le 8 janvier", assure Farhan Jahaleen. Les hommes se sont entraidés pour démonter les enclos, charger les effets sur des camions et sauver tout ce qui pouvait l'être.

Dans la zone, les caravanes des colons ont progressivement laissé place à des maisons en dur avec fondations, certaines construites à seulement 100 mètres des habitations bédouines. En mai 2025, des colons ont détourné la ressource la plus précieuse du village: la source qui lui a donné son nom.

- "Colonialisme pastoral" -

Blottie entre des collines rocheuses à l'ouest et la plaine du Jourdain qui monte vers le plateau jordanien à l'est, la source avait permis à la communauté de rester autosuffisante.

Mais ce qui a poussé les familles à partir, c'est la nécessité constante de monter la garde pour empêcher les colons de couper les conduites d'électricité et d'irrigation, ou d'amener leurs propres troupeaux paître près des maisons des habitants.

"Si vous défendez votre maison, la police ou l'armée (israéliennes) viennent vous arrêter. Nous ne pouvons rien faire", déplore Naïf Zayed, un autre habitant du hameau. "Il n'y a pas d'endroit où les gens puissent aller. Chacun agit de son côté, comme il peut".

Naaman Ehrizat, un berger de Ras Ein al-Auja, explique qu'il a déjà déplacé ses brebis vers la ville d'Hébron, dans le sud de la Cisjordanie, où il compte s'installer.

Farhan Jahaleen souligne que déménager vers d'autres zones rurales de la zone C de Cisjordanie occupée, entièrement sous contrôle israélien, expose les bergers à de nouveaux déplacements à l'avenir.

A l'image de ces familles expulsées du village voisin de Jiftlik, de nouveau déplacées après avoir déménagé dans un autre village de la vallée du Jourdain.

La plupart des Bédouins palestiniens sont des éleveurs, ce qui les rend particulièrement vulnérables à la violence lorsque des colons israéliens amènent des troupeaux qui rivalisent pour les pâturages dans des zones très isolées.

Une stratégie que les organisations de surveillance des colonies appellent "colonialisme pastoral".

Interrogée sur les incidents dans le secteur, l'armée israélienne a déclaré que ceux-ci étaient "bien connus". Les forces israéliennes "entrent dans le secteur conformément aux appels et aux besoins opérationnels, afin de prévenir les frictions entre les populations et de maintenir l'ordre et la sécurité", a-t-elle dit.

L'armée a ajouté avoir accru sa présence dans la zone "en raison des nombreux incidents récents".

- "Mode de vie bédouin" -

Les colonies se sont étendues depuis qu'Israël a occupé la Cisjordanie en 1967, avec plus de 500.000 colons vivant désormais sur le territoire, pour quelque trois millions de Palestiniens.

Une minorité de colons se livrent à des violences dans le but de les faire partir. Mais leur capacité de nuisance est énorme. Des slogans peints à la bombe en arabe ont fleuri le long des principales routes de Cisjordanie ces derniers mois, affirmant "Pas d'avenir en Palestine".

Farhan Jahaleen, dont la famille vit à Ras Ein al-Auja depuis 1991, a déclaré que ce qui avait été perdu allait bien au delà de quelques maisons bédouines.

"Les colons ont complètement détruit le mode de vie bédouin, ont annihilé sa culture et son identité et utilisé tous les moyens pour transformer d'une manière globale le mode de vie bédouin, entraînant la destruction totale de la vie".

A.M.Murray--TNT

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