The National Times - RDC: les combattants du M23 dans la ville stratégique d'Uvira, une "gifle" pour Washington

RDC: les combattants du M23 dans la ville stratégique d'Uvira, une "gifle" pour Washington


RDC: les combattants du M23 dans la ville stratégique d'Uvira, une "gifle" pour Washington
RDC: les combattants du M23 dans la ville stratégique d'Uvira, une "gifle" pour Washington / Photo: © AFP

Le M23, soutenu par le Rwanda et son armée, prenait progressivement mercredi le contrôle d'Uvira, ville stratégique de l'est de la République démocratique du Congo (RDC), située aux portes du Burundi voisin qui a estimé que cette nouvelle offensive du groupe armé infligeait "une gifle" à Washington.

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En début d'après-midi mercredi, plusieurs habitants contactés par téléphone ont dit avoir vu des combattants du M23 dans les quartiers nord d'Uvira. Quelques rares soldats congolais et miliciens pro-Kinshasa avaient été aperçus dans certains quartiers dans la matinée, selon des témoins. Des tirs erratiques étaient signalés.

"Je peut confirmer la présence du M23 dans la ville", a dit à l'AFP un représentant de la société civile locale. "J'ai viens de voir de mes yeux le M23 passer devant chez moi", a affirmé un habitant.

Cette nouvelle percée du M23, entré dans les faubourgs d'Uvira mardi soir, vient ébranler les faibles espoirs placés dans l'accord "pour la paix", à peine entériné à Washington le 4 décembre par les présidents congolais et rwandais, que le chef de l'Etat américain Donald Trump avait qualifié de "grand miracle".

"C'est une humiliation pour tout le monde et en premier lieu pour le président Trump", a affirmé à l'AFP le ministre burundais des Affaires étrangères Édouard Bizimana. "C'est vraiment une gifle aux Etats-Unis, un doigt d'honneur", a-t-il poursuivi, réclamant des "sanctions" contre Kigali.

Le gouvernement rwandais a accusé mercredi la RDC et le Burundi de "violations délibérées" du processus de paix. La veille, les Etats-Unis et plusieurs pays européens ont exhorté dans un communiqué commun le M23 et le Rwanda à cesser "immédiatement" leur offensive.

- Frontière fermée -

Pendant la majeure partie de mercredi, les habitants d'Uvira, agglomération de plusieurs centaines de milliers d'habitants située à une vingtaine de km de route de Bujumbura, capitale économique du Burundi, sont restés calfeutrés dans les maisons, parfois sous les lits.

"Les habitants sont enfermés", raconte l'un d'entre eux à l'AFP. "Chacun reste chez soi", abonde un autre. "Nous ne comprenons rien, nous ne pouvons qu'attendre", se lamente un troisième. Joints par téléphone, tous ont souhaité garder l'anonymat.

Les rues s'étaient déjà largement vidées mardi, soldats, policiers et fonctionnaires fuyant la progression du M23. Certains habitants avaient décrit à l'AFP un "sauve-qui-peut" dans une panique généralisée.

Cette nouvelle avancée éclair du M23 - soutenu selon des experts de l'ONU par 6.000 à 7.000 soldats rwandais - survient moins d'un an après l'offensive spectaculaire qui lui avait permis de s'emparer, entre janvier et février, des deux grandes villes de l'est de la RDC, Goma et Bukavu.

Après avoir lancé sa nouvelle attaque le 1er décembre, le groupe armé a rapidement progressé ces derniers jours dans la province du Sud-Kivu, sur un axe longeant la frontière avec le Burundi.

Selon des sources sécuritaires burundaises, le Burundi a fermé mardi sa frontière avec la RDC. Chaque poste-frontière de la zone est désormais considéré "zone militaire", a expliqué à l'AFP un officier de l'armée burundaise, ce qu'a confirmé une policière.

D'après un membre de la société civile d'Uvira et une source militaire congolaise, le M23 a de son côté fermé le côté congolais du poste-frontière près d'Uvira, sans qu'il soit possible de déterminer si le groupe armé contrôle ou non totalement la ville.

- Menace -

L'offensive sur Uvira constitue une menace directe aux yeux du Burundi, qui entretient depuis des années des relations houleuses avec Kigali et avait déjà exprimé ses craintes que le conflit dans l'est de la RDC ne dégénère en conflit régional dans les Grands Lacs.

Quelque 18.000 soldats burundais étaient présents sur le sol congolais pour prêter main-forte aux forces de la RDC face au M23, selon des sources sécuritaires et militaires.

L'accord de Washington était censé pacifier l'est congolais, frontalier du Rwanda et riche en ressources naturelles, en proie à des violences meurtrières depuis plus de 30 ans.

Il prévoit une contrepartie économique promettant à l'industrie de pointe américaine un approvisionnement en minerais stratégiques.

Des colonnes de soldats congolais, dont certains ont abandonné armes et uniformes, ont fui Uvira, pillant des commerces sur leur passage, selon des témoins et des sources militaires.

Plus de 40.000 Congolais et 5.500 Burundais vivant en RDC sont arrivés au Burundi en quatre jours, a déclaré le chef de la diplomatie burundaise à l'AFP.

Selon une première estimation du Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), plus de 200.000 personnes ont été déplacées à l'intérieur du Sud-Kivu depuis le 2 décembre et des dizaines de milliers d'autres ont traversé la frontière vers les pays voisins, Rwanda inclus.

Selon plusieurs sources diplomatiques européennes, Kinshasa craint de voir le M23 poursuivre sa route vers la région du Katanga, cœur minier de la RDC et coffre-fort de l'Etat grâce aux taxes imposées aux compagnies minières.

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F.Harris--TNT

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