The National Times - Est de la RDC: torpeur et incertitude à Uvira au lendemain de l'entrée du M23

Est de la RDC: torpeur et incertitude à Uvira au lendemain de l'entrée du M23


Est de la RDC: torpeur et incertitude à Uvira au lendemain de l'entrée du M23
Est de la RDC: torpeur et incertitude à Uvira au lendemain de l'entrée du M23 / Photo: © AFP

Rues désertes, troupes en fuite, commerces et écoles fermés: Uvira, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), est plongée mercredi dans la torpeur et l'incertitude, au lendemain de l'entrée du M23 dans les faubourgs de la ville stratégique située aux portes du Burundi voisin.

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Ce nouvel assaut du groupe armé antigouvernemental, soutenu par 6.000 à 7.000 soldats rwandais présents dans l'est de la RDC, selon des experts de l'ONU, survient moins d'un an après l'offensive spectaculaire qui lui avait permis de s'emparer, entre janvier et février, des deux grandes villes de l'est de la RDC, Goma et Bukavu.

Cette nouvelle avancée rapide, lancée le 1er décembre dans la province du Sud-Kivu, a surpassé une armée congolaise réputée mal organisée, bien qu'épaulée dans la région par quelque 18.000 soldats burundais.

Elle intervient aussi quelques jours après un accord entériné à Washington. Jeudi dernier, le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame ont ratifié un texte qualifié de "miracle" par le président américain Donald Trump et visant à mettre un terme au conflit dans l'Est congolais, région frontalière du Rwanda et riche en ressources naturelles, en proie à des conflits depuis plus de 30 ans.

L'accord, dont la mise en œuvre s'annonçait déjà difficile lorsqu'il avait été conclu en juin, prévoit une contrepartie économique promettant d'assurer à l'industrie de pointe américaine un approvisionnement en minerais stratégiques.

Mais comme un flagrant désaveu du processus de paix, des combattants du M23 sont entrés mardi soir par le nord de l'agglomération d'Uvira, selon des sources sécuritaires et militaires. L'incertitude règne encore mercredi sur qui contrôle l'agglomération de plusieurs centaines de milliers d'habitants.

Quelques soldats congolais et membres de milices pro-Kinshasa sont encore visibles dans les environs, selon des sources militaires et des témoins. Quelques tirs erratiques ont été signalés.

La ville, enclavée entre des montagnes et le lac Tanganyka, s'était déjà largement vidée mardi, soldats, policiers et personnels administratifs fuyant devant la menace. Certains habitants joints par l'AFP au téléphone ont décrit une logique de "sauve-qui-peut" dans une panique généralisée.

Des colonnes de soldats congolais, dont certains ont abandonné armes et uniformes, ont fui, pillant magasins et pharmacie sur leur passage, selon des témoins et des sources militaires.

- "Nouvelles autorités" -

Une poignée d'habitants téméraires ont tenté de jeter un oeil dans la rue mercredi matin pour évaluer la situation. Aucun d'entre ceux contactés par l'AFP n'a signalé avoir vu défiler des combattants du M23.

"Nous ne comprenons rien, nous ne pouvons qu'attendre l'entrée de nouvelles autorités. Nous ne pouvons pas rester sans armée ni police", se lamente un habitant joint par téléphone.

"Les activités sont paralysées. Je suis au niveau de la frontière et j'observe les gens traverser vers le Burundi", raconte un autre.

Plus de 30.000 Congolais ont fui les combats et sont arrivés au Burundi en une semaine, selon un responsable administratif local burundais et une source onusienne mardi.

Selon une première estimation du Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), plus de 200.000 personnes se sont déplacées à l'intérieur de la province du Sud-Kivu depuis le 2 décembre, tandis que des milliers d'autres ont traversé la frontière vers les pays voisins, notamment le Burundi et le Rwanda.

Pour le régime de Kinshasa, c'est un nouveau coup dur après la grande offensive du M23 en début d'année. Selon plusieurs sources diplomatiques européennes, la crainte de Kinshasa serait de voir le M23 poursuivre sa route vers la province du Katanga, cœur minier de la RDC et coffre-fort de l'Etat, qui finance largement son système grâce aux taxes imposées aux compagnies minières.

Le gouvernement rwandais a accusé mercredi dans un communiqué la RDC et le Burundi de "violations délibérées" du processus de paix. La veille, les Etats-Unis et plusieurs pays européens avient exhorté dans un communiqué commun le M23 et Kigali à cesser "immédiatement" leur offensive en cours.

Située sur la rive nord du lac Tanganyika, Uvira fait face à la capitale économique burundaise, Bujumbura, les deux villes étant distantes d'une vingtaine de kilomètres. Le Burundi, qui entretient des relations houleuses avec le Rwanda depuis des années, est présent dans l'est de la RDC depuis 2023.

La prise de cette cité par le M23 donne une dimension régionale à la crise et constitue une menace directe aux yeux du Burundi, qui avait exprimé ses craintes que le conflit dans l'est de la RDC ne dégénère en conflit régional dans les Grands Lacs.

burs-cld/mba

C.Blake--TNT

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