The National Times - "Vallée de l'IA": comment la région Hauts-de-France séduit les investisseurs

"Vallée de l'IA": comment la région Hauts-de-France séduit les investisseurs


"Vallée de l'IA": comment la région Hauts-de-France séduit les investisseurs
"Vallée de l'IA": comment la région Hauts-de-France séduit les investisseurs / Photo: © AFP/Archives

Dans la région Hauts-de-France, des projets de centres de données se multiplient, avec des investissements colossaux qui pourraient en faire une "vallée de l'IA", grâce à des atouts géographiques et une méthode déjà éprouvée pour sa "vallée de la batterie".

Taille du texte:

Quarante-cinq milliards d'euros ont été promis par le japonais SoftBank Group pour construire trois centres de données d'une puissance de calcul inédite d'un gigawatt chacun dans la région d'ici 2031.

A elle seule, cette annonce représente près de la moitié de la moisson nationale d'investissements étrangers lors du dernier sommet Choose France début juin.

D'autres investisseurs se profilent: l'opérateur européen Data4, appartenant au canadien Brookfield, prévoit jusqu'à 30 milliards d'euros pour construire deux autres méga-centres de données dans le Nord.

Xavier Bertrand, président LR des Hauts-de-France et candidat à l'élection présidentielle de 2027, veut marquer le coup avec un sommet de l'IA organisé vendredi à Lille. Présenté comme "l'acte II français" de l'intelligence artificielle après le sommet de Paris l'an dernier, il rassemblera de nombreux experts et dirigeants économiques.

"On est à fond sur le sujet" de l'IA, résume M. Bertrand, interrogé par l'AFP.

- "Énergie collective" -

Si l'Île-de-France concentre actuellement la majorité des infrastructures françaises, les Hauts-de-France présentent beaucoup d'atouts pour héberger ces énormes sites très énergivores. A commencer par sa position géographique au cœur du "FLAP" (Francfort, Londres, Amsterdam, Paris), les principaux nœuds de connectivité en Europe, et son énergie décarbonée grâce au nucléaire, relève Data4.

C'est aussi "l'un des rares territoires en France (...) qui dispose de friches industrielles très importantes" et réutilisables et ce, avec un coût de l'immobilier logistique "plus faible" que dans les pays voisins, souligne auprès de l'AFP Mathieu Jaud de la Jousselinière, de la société de conseil EY.

Ce dernier se dit aussi "frappé" par la "très belle énergie collective" des pouvoirs publics et des acteurs économiques locaux pour attirer des investisseurs.

"Avec la collectivité locale et l'Etat, on joue en équipe", confirme M. Bertrand. "On sait répondre plus vite qu'ailleurs" et "quand on est clair et cash, on gagne du temps et de la confiance".

La vitesse d'exécution des projets, déjà observée pour les méga-usines de batteries pour véhicules électriques sorties de terre ces dernières années dans les Hauts-de-France, est un facteur clé.

Trois sites de la région bénéficient depuis 2025 d'une offre de raccordement accélérée au réseau très haute tension de RTE, en vue d'accueillir des centres de données de grande puissance.

Quant à l'acceptabilité sociale de ces projets, ce n'est "pas un sujet" dans la région, du fait de sa culture "autour de la valeur travail" et de sa tradition industrielle, estime M. Jaud de la Jousselinière.

De son côté, France nature environnement déplore "le manque de débat de fond alors que l'enjeu est énorme".

"On n'a aucune information sur les impacts de ces centres, faute de réunions publiques de concertation" en amont des projets, souligne le président régional, Thierry Dereux.

Le surplus de chaleur généré par les centres de données "devra être reversé dans des réseaux de chaleur" urbains, précise M. Bertrand, comme pour devancer les critiques environnementales.

- Première étape -

L'écart entre le gigantisme des investissements et leurs retombées en matière d'emplois amène également à s'interroger.

Les trois "data centers" de SoftBank devraient générer seulement 900 emplois directs.

Par rapport à d'autres industries comme l'automobile, les centres de données, "c'est quand même moins intégré" au tissu économique local, reconnaît Alexandre Bernard, directeur EY pour le Nord de la France.

Car une grande partie des investissements ira dans la consommation d'énergie, et dans l'achat des puces conçues et fabriquées ailleurs dans le monde, relève-t-il.

Mais pour M. Bertrand, ces centres ne sont qu'une première étape devant permettre à terme de créer d'autres emplois.

"C'est de l'infrastructure utile et une plus-value pour nos entreprises", tranche-t-il.

Il dit négocier "l'accès à des données souveraines" et un "accès privilégié" à ces gigantesques puissances de calcul pour les entreprises et universités du territoire.

Qu'est-ce que ces centres de données vont générer en "traction réelle" pour bâtir une filière intégrée autour de l'IA dans la région, "je l'ignore", commente plus prudemment Mathieu Jaud de la Jousselinière.

"Mais ce qui est certain, c'est qu'il faut jouer la carte à fond".

F.Morgan--TNT