Le ballet des fraises à neige pour rouvrir le col du Galibier
L'été, on connaît la route du col du Galibier bordée de tentes, camping-cars et fauteuils pliants, passage mythique du Tour de France.
Mais pour l'heure, mi-mai, la montagne immaculée est le théâtre d'un ballet de fraises à neige qui crachent leurs geysers pour mettre au jour le bitume enseveli sous une couche de plusieurs mètres.
Chaque printemps, les agents des routes du département s'activent, entre la mi-mai et la mi-juin, au volant de ces gros engins jaunes, à chenilles ou à pneus, pour rendre aux voitures les huit grands cols de la Savoie impraticables l'hiver.
Glandon, Cormet de Roselend, Madeleine, Croix de Fer, Mont-Cenis, Petit-Saint-Bernard, Iseran et Galibier -l'un des plus hauts cols routiers d'Europe- serpentent entre la Maurienne, la Tarentaise et le Beaufortain entre 1.924 et 2.770 m d'altitude.
A son niveau le plus bas, on accède mi-mai au Galibier et sa vue imprenable sur le Massif des Ecrins par une route bordée par deux murs de neige. Un peu plus haut, les imposants rotors des fraises entament un manteau vierge, et parfois compact après des mois d'accumulation des flocons.
Et leurs cheminées orientables crachent la neige qu'ils broient jusqu'à une dizaine de mètres sur le côté.
- Baisse de l'enneigement -
Le tout souvent à l'aveugle. "Je trace, je m'assure que je suis bien sur ma route", explique Michel Grange, chef d'équipe du centre routier de Valloire, en marquant à la bombe de peinture vert fluo le chemin que devront suivre ses conducteurs, après avoir sondé le sol au moyen d'une longue tige. "Là, on a deux mètres de neige au-dessus de la route".
Ces agents se disent les témoins, année après année, de la baisse des niveaux d'enneigement, sous l'effet du réchauffement climatique.
"Des fois, on peut avoir jusqu'à 10, 12, 14 mètres", commente Patrick Arnaud, un agent d'entretien et d'exploitation des routes au volant de sa fraise à neige. Mais "il y avait plus de neige il y a 20 ans, ça c'est sûr", observe cet homme de 53 ans.
"Les hauteurs peuvent être très variables", en fonction du relief, jusqu'à 12, 13 mètres". Cette année, "le maximum qu'on a atteint c'est 8 mètres", explique aussi Frédéric Chevalier, responsable entretien des routes sur le secteur Coeur de Maurienne.
"On déneige mais on ne voit pas où on avance, on arrive à se perdre un peu parfois, à se retrouver à côté de la route", décrit Patrick Arnaud en scrutant l'avant de son engin à travers le pare-brise. "Mais c'est que du plaisir", s'enthousiasme-t-il. Surtout "quand on voit sortir des marmottes, les premières" de la saison, ou des chamois.
B.Cooper--TNT