Arctique: les Etats-Unis poursuivent leur offensive en dépêchant Rubio en Islande
Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio se rend lundi en Islande, pour y poursuivre l'offensive des États-Unis dans l'Arctique après l'accord sur le Groenland.
A Reykjavik, la capitale islandaise, il doit rencontrer des responsables "pour discuter de la coopération dans les domaines de l'économie et de la sécurité", a indiqué le département d'Etat américain dans un communiqué annonçant sa visite.
Ce déplacement express, aussi symbolique que politique, intervient dans le sillage de l'accord de sécurité sur le Groenland, signé il y a une dizaine de jours en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York.
Cet accord a mis fin, au moins pour le moment, à une saga qui avait envenimé les relations avec l'Union européenne. Des diplomates européens ne cachent pas que l'affaire du Groenland, que Donald Trump avait menacé d'acheter voire d'annexer, avait ébranlé la confiance dans le partenaire américain.
Dans le cadre de cet accord, Washington prévoit d'installer deux nouvelles bases militaires, ancrant un peu plus le territoire autonome danois dans l'orbite des États-Unis.
Avec la montée des tensions dans l'Arctique, l'Islande a retrouvé une importance stratégique de premier plan, mais l'île, dépourvue d'armée, continue de s'en remettre largement aux États-Unis pour assurer sa sécurité.
Début septembre, le président américain avait déclenché une nouvelle polémique avec une "carte" recouvrant du drapeau des États-Unis toute l'Amérique du Nord, le Mexique, les Caraïbes, le Groenland et l'Islande.
L'Islande avait réagi en convoquant l'ambassadeur américain à Reykjavik "pour lui signifier clairement que cette image était totalement inappropriée".
Le déplacement de M. Rubio intervient aussi après un référendum fin août, où les Islandais ont rejeté par 52,8% contre 47,2% une reprise des négociations d'adhésion de l'île à l'Union européenne, gelées depuis 2013.
La dernière visite d'un secrétaire d'État américain en Islande remonte à celle d'Antony Blinken en 2021.
Depuis son indépendance en 1944, l'Islande n'a jamais eu d'armée et elle s'appuie pour sa sécurité sur l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (Otan), ainsi que sur un accord bilatéral de défense conclu avec les États-Unis en 1951.
Les États-Unis n'y disposent pas de base permanente, mais ils entendent asseoir leur domination des voies d'accès dans l'Arctique, convoitées par la Russie et la Chine.
Les visées insistantes de Donald Trump sur le Groenland -- dont la côte est située à moins de 300 kilomètres de là et que le président américain avait confondu en janvier 2026 avec l'Islande -- ont ébranlé quelques certitudes quant à leur relation, sans la remettre en cause.
- L'allié grec -
Après l'Islande, Marco Rubio se rendra à Athènes en milieu de semaine pour participer à un "dialogue stratégique" avec la Grèce, qui est membre de l'Otan, concernant notamment la sécurité régionale et énergétique, selon le département d'Etat.
Les guerres en Iran et en Ukraine ont mis en exergue la fragilité des voies d'approvisionnement en énergie et la Grèce se positionne pour être un hub clé dans le sud-est de l'Europe, notamment pour le transport de gaz naturel.
Athènes est aussi le berceau de la démocratie occidentale et M. Rubio pourrait vouloir en profiter pour revenir sur son discours prononcé à Munich en février dernier, dans lequel il avait évoqué le déclin de l'Occident, qu'il estimait notamment menacé par une immigration massive.
Par ailleurs, la presse américaine s'est fait l'écho ces derniers jours de possibles conflits d'intérêts impliquant l'ambassadrice des États-Unis en Grèce, Kimberly Guilfoyle, ex-fiancée de Don Jr, le fils du président américain, et ex-épouse du gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom.
Dans une lettre adressée au secrétaire d'Etat, l'élu démocrate Gregory Meeks a demandé des explications sur des informations de presse, relayées notamment par le Wall Street Journal, selon lesquelles elle aurait menacé que les États-Unis pourraient user de leur influence pour faire pression sur les gouvernements en Europe.
Dernière étape de la tournée européenne de M. Rubio : une brève escale à Lisbonne.
D.S.Robertson--TNT