The National Times - Deux ex-dentistes en prison pour des centaines de patients mutilés et désormais "sans sourire"

Deux ex-dentistes en prison pour des centaines de patients mutilés et désormais "sans sourire"


Deux ex-dentistes en prison pour des centaines de patients mutilés et désormais "sans sourire"
Deux ex-dentistes en prison pour des centaines de patients mutilés et désormais "sans sourire" / Photo: © AFP

Au procès des mutilations dentaires, Lionel et Carnot Guedj, le fils et le père, ex-dentistes marseillais, ont été lourdement condamnés jeudi et placés immédiatement en détention. La sanction de centaines de "vies détruites", désormais "sans sourire", avec des "douleurs intolérables".

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Se tenant le bras, dissimulés derrière des masques chirurgicaux, le fils, 42 ans, et le père, 71 ans, ont écouté la longue et accablante motivation du tribunal correctionnel de Marseille. Pour les magistrats, les deux hommes avaient mis en place un "système" de "traitements uniformes et systématisés", sans justification médicale, avec pour seule finalité de "détourner des profits".

Et la peine a été à la hauteur: huit ans pour Lionel Guedj, cinq pour son père. Une décision accueillie par les applaudissements de la centaine de plaignants sur les bancs du public. Mais cette réaction a été aussitôt interrompue par la présidente, Céline Ballerini, pour qui on ne devrait "jamais se réjouir d'une peine d'emprisonnement".

En prononçant une interdiction définitive d'exercer, elle a estimé qu'ils avaient "abusé" d'un "statut respectable de sachant qui accable" leurs cas.

Si ce jugement est jugé "difficile" du côté de la défense, qui va faire appel, du côté des victimes "un poids est parti".

"La sanction est lourde et critiquable sur le plan de la proportionnalité", a commenté l'avocat de Lionel Guedj, Me Frédéric Monneret.

Mais pour Noël Kouici, qui a "déjà" un dentier, à 52 ans, "on nous a rendu justice, on ne nous a pas laissé comme des gens des quartiers Nord, on nous a respectés".

Messaouda a eu elle 12 dents dévitalisées dans le cabinet Guedj: "C'est une bonne justice à laquelle je ne croyais plus", commente-t-elle, soulagée.

"Ils se sont réconciliés avec l'institution", a commenté Me Marc Ceccaldi, avocat d'une soixantaine de victimes, pour qui la "sévérité" des peines est "proportionnelle avec la gravité des faits".

Un sentiment d'avoir été écouté donc, dans le public, mais également du soulagement, car ces condamnations ouvrent la voie à des indemnisations, après dix ans d'attente, d'autant que les Guedj ne feront pas appel sur les intérêts civils.

- Dentiste le mieux rémunéré du pays -

Placés sous contrôle judiciaire depuis leur mise en examen, en novembre 2012, Lionel et Carnot Guedj n'avaient jamais fait un seul jour de détention provisoire. Jeudi soir ils passeront leur première nuit derrière les barreaux, à la prison de Draguignan, où ils seront placés à l'isolement.

Car ils valaient mieux les éloigner de Marseille. Là où Lionel Guedj s'était installé en 2005, dans les quartiers Nord, parmi les plus pauvres de la ville.

Il était venu "gratter la CMU" (NDLR: Couverture médicale universelle), avait asséné le parquet à l'audience, au printemps, soulignant que dès 2010 ce praticien était devenu le dentiste le mieux rémunéré de France, avec 2,9 millions d'euros d'honoraires.

Selon un calcul du parquet, ce jeune dentiste décrit comme avenant avait dévitalisé 3.900 dents saines entre 2006 et 2012, sans aucune justification thérapeutique, sur 327 patients, dans le seul but de leur poser des bridges très rémunérateurs. Il posait 28 fois plus de prothèses que la moyenne des dentistes français, a estimé la Sécurité sociale.

Et le père "ne freinait pas" le fils", "au contraire il lui emboitait le pas", a estimé jeudi la présidente.

Le parquet avait réclamé dix ans de prison contre Lionel Guedj, la peine maximale, et cinq ans de prison dont un an avec sursis probatoire contre son père.

En quittant l'ancienne caserne où s'est tenu ce procès hors norme, le véhicule de police les transportant vers leurs cellules a été accompagné par les huées. Loin de la sérénité des six semaines de débats, il y a cinq mois.

M.Wilson--TNT

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