The National Times - Un "front du refus" inédit mobilisé à Arles contre une ligne aérienne THT

Un "front du refus" inédit mobilisé à Arles contre une ligne aérienne THT


Un "front du refus" inédit mobilisé à Arles contre une ligne aérienne THT
Un "front du refus" inédit mobilisé à Arles contre une ligne aérienne THT / Photo: © AFP

Syndicalistes agricoles et militants écologistes, élus de tous bords et collectifs citoyens se sont réunis samedi soir à Arles dans un rare "front du refus" face au projet de ligne électrique aérienne entre Gard et Bouches-du-Rhône, portés par la conviction que "ce projet ne passera pas".

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Parmi les quelque 2.500 personnes rassemblées dans le célèbre théâtre antique de la capitale camarguaise, des dizaines de maires, députés, sénateurs, ceints de leur écharpe, les anciennes ministres de l'Ecologie, Delphine Batho, et de la Culture, Françoise Nyssen, mais aussi de nombreux agriculteurs, gardians et Arlésiennes en costumes traditionnels.

"Nous sommes révoltés mais aussi terrorisés", a témoigné, très émue, Carole Guintoli, rizicultrice et éleveuse, assignée lundi devant la justice administrative comme six autres agriculteurs pour avoir refusé l'accès de sa parcelle au gestionnaire du réseau électrique RTE.

"J'ai peur que RTE nous interdise de cultiver notre riz, j'ai peur pour mes juments, mes poulains, j'ai peur de compter les oiseaux morts, j'ai peur qu'on doive tout arrêter, tout quitter", a-t-elle lancé, la gorge nouée.

Au coeur du conflit qui mobilise la région depuis deux ans: l'implantation sur 65 km de 145 pylônes de 40 à 60 mètres de haut pour soutenir une ligne à très haute tension (THT) devant relier, à l'horizon 2030, Jonquières (Gard) à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Elle traverserait les vignobles des Costières de Nîmes, le Parc naturel de Camargue, réserve mondiale de biodiversité, et la plaine de la Crau, steppe méditerranéenne unique en Europe.

Pour l'Etat et les industriels, de plus en plus impatients, cette ligne de 400.000 volts acheminant l'électricité des centrales nucléaires de la vallée du Rhône conditionne la décarbonation de l'immense zone industrialo-portuaire de Marseille-Fos, où de grands projets, fortement consommateurs d'électricité, sont attendus dans les prochaines années.

Pour ses détracteurs, la ligne aérienne aurait des conséquences "irréversibles" sur l'environnement et la biodiversité, notamment sur les populations d'oiseaux, dont certains déjà menacés d'extinction, mais aussi sur l'agriculture (vignobles, élevage, riziculture) et le tourisme.

Portée par le collectif citoyen THT 13-30, une solution alternative proposant un enfouissement partiel de la ligne a été rejetée par RTE, car jugée trop coûteuse et hors délai pour répondre au calendrier - pourtant encore flou - des projets industriels.

Les associations redoutent désormais que, sitôt les sénatoriales passées, le préfet enclenche l'enquête préalable à la Déclaration d'utilité publique (DUP) qui donnera le feu vert officiel aux travaux.

- "Zéro pylône !" -

"Telle qu'elle nous a été imposée, cette ligne aérienne porte en elle les conditions de son échec, en faisant fi du consensus territorial", a souligné samedi soir le maire Horizons d'Arles Patrick de Carolis, affirmant qu"'elle est condamnée à mettre des années à sortir de terre". "Nous aurons les pylônes mais pas les industriels, il est temps qu'RTE le comprenne, se ressaisisse et revoie sa copie".

"Nous avons été gentils, ouverts, constructifs", a rappelé pour sa part le maire RN de Beaucaire, Nelson Chaudon. Mais "aujourd'hui, l'Etat n'a que deux choix: la solution alternative d'enfouissement ou l'abandon pure et simple de ce projet. Sinon, c'est un territoire tout entier qui se lèvera avec l'ensemble de leurs élus à leurs côtés", a-t-il averti.

"Il n'y aura aucun pylône sur notre territoire", assène Clément Lajoux, porte-parole des organisations professionnelles agricoles des Bouches-du-Rhône (Copa-13), assurant que "dans les chaumières sur le territoire, c'est en train de chauffer".

"On ne laissera pas faire le projet, on utilisera tous les moyens légaux", prévient également Cyril Mares, président des Costières de Nîmes et de la Copa-30, qui met en garde contre le risque d'une "ZAD" en Camargue, à l'image de celle de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, qui avait forcé les pouvoirs publics à abandonner leur projet d'aéroport.

Ces dernières semaines, les présidents des deux régions concernées, Renaud Muselier (Renaissance, PACA) et Carole Delga (PS, Occitanie), ont chacun écrit au préfet pour dire leur inquiétude face à l'éventualité d'un "passage en force" qui, pour M. Muselier, "entraînera un blocage irrémédiable", Mme Delga s'interrogeant sur "la pertinence même de cette ligne THT" dont elle réclame "l'abandon".

"Jamais un projet d'infrastructure n'avait suscité un tel front du refus", a affirmé à l'AFP Jean-Luc Moya, porte-parole du collectif THT 13/30

G.Morris--TNT

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