La crise birmane et la guerre au Moyen-Orient planent sur l'Asean
Les chefs de la diplomatie d'Asie du Sud-Est se réunissent mardi aux Philippines en pleine reprise des hostilités au Moyen-Orient et non sans divergences concernant la Birmanie, mise au ban de l'organisation depuis le coup d'Etat de 2021.
Les diplomates de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Asean) se retrouvent pour plusieurs jours d'entretiens dans la capitale, Manille, rejoints par des partenaires de nombreux pays parmi lesquels les Etats-Unis, la Chine, le Japon et la Russie.
Au sein des discussions qui pourraient exacerber les dissensions internes figurent celles au sujet de la Birmanie.
Cet Etat membre a vu ses hauts responsables être officiellement exclus des grandes rencontres de l'organisation depuis le coup d'Etat de la junte en 2021 ayant entraîné une guerre civile.
En mai, le président philippin Ferdinand Marcos avait appelé à "affiner" le Consensus en cinq points, un plan de paix adopté par l'Asean en 2021 pour mettre fin à la guerre civile en Birmanie, d'abord accepté par la junte mais ensuite ignoré par elle.
La Thaïlande milite pour la réintégration du pays, avec qui elle partage une longue frontière, et dont elle accueille nombre de réfugiés.
"Nous pensons, après cinq ans, qu'il est temps de parler, d'écouter, et que eux doivent expliquer", a déclaré la semaine dernière le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, en annonçant une visite en août du président birman Min Aung Hlaing.
A l'inverse, son homologue malaisien Mohamad Hasan a fait savoir à la presse en mai que son pays restait opposé à des entretiens à haut niveau tant que "l'oppression se poursuit".
- Rubio, Lavrov et Wang attendus -
Alors que le conflit entre les Etats-Unis et l'Iran connaît une intensité inédite depuis le cessez-le-feu d'avril et continue de mettre sous pression l'économie mondiale, le secrétaire d'Etat Marco Rubio doit atterrir à Manille mardi matin.
Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, est lui aussi attendu mardi.
Avant de décoller de Washington, Marco Rubio s'est dit disposé à rencontrer son homologue russe mais aussi Wang Yi, le ministre chinois, dont la participation n'a été confirmée officiellement que lundi.
Un tel entretien surviendrait quelques jours seulement après des accusations d'ingérence électorale proférées par Donald Trump à l'encontre de la Chine, et alors que les Etats-Unis cherchent à contrer l'influence croissante de la Chine dans la région.
A l'ordre du jour cette semaine doit également figurer la sécurité énergétique régionale.
L'Asean a appelé à la ratification rapide d'un accord-cadre sur la sécurité pétrolière, un programme de partage des carburants.
Et en mai, les pays membres avaient approuvé l'idée d'une connexion de leurs réseaux électriques pour permettre les échanges transfrontaliers de courant.
Marco Rubio doit rencontrer le président Marcos, dont le pays est allié des Etats-Unis. Au menu des discussions, figure la mer de Chine méridionale.
Des navires chinois et philippins s'accrochent régulièrement dans cette zone disputée, carrefour des routes maritimes.
Lundi, l'armée philippine a par exemple accusé les garde-côtes chinois d'avoir blessé un marin philippin alors qu'ils s'approchaient d'un avant-poste - une version aussitôt démentie par Pékin.
La Chine revendique cette mer dans sa quasi-totalité, en dépit d'une décision internationale qui a jugé ses prétentions sans fondement juridique.
Les Philippines s'étaient mises en tête d'établir un Code de conduite entre l'Asean et la Chine avant la fin de leur présidence annuelle du bloc pour encadrer les désaccords dans la zone. Mais selon certains analystes, tout accord que Pékin serait prêt à signer serait sans effet.
F.Hammond--TNT