Rémy Cointreau promet un retour à la croissance
Rémy Cointreau veut "changer de vitesse": le groupe français de spiritueux a annoncé jeudi un bénéfice net annuel en recul de 35%, mais promet le retour à la croissance dès cette nouvelle année, à la faveur de son "plan de transformation".
L'entreprise, dont l'activité dépend à plus de 60% des ventes de cognac, a connu trois années difficiles notamment aux États-Unis et en Chine, affectées par des tensions géopolitiques et commerciales, des questions de pouvoir d'achat et des changements de préférences de consommation.
Jeudi, le groupe a annoncé un bénéfice net de 79 millions d'euros pour son exercice décalé 2025-26, pour un chiffre d'affaires de 935 millions en repli de 5%. La rentabilité a pâti des droits de douane additionnels imposés par l'administration Trump sur les alcools européens, ainsi que par la Chine sur le cognac dans le cadre d'un conflit commercial avec l'UE, explique le groupe.
Son activité a été pénalisée aussi par les taux de change (dollar et yuan) et une situation "complexe" en Chine, malgré un bon dernier trimestre pour le cognac dans la région Asie-Pacifique.
Les résultats ont été cependant légèrement supérieurs aux attentes des analystes, d'après Bloomberg, ce qui a fait grimper l'action à la Bourse de Paris. Vers 13H20 heure locale, le titre Rémy Cointreau frôlait +10% de hausse.
Pour son directeur général Franck Marilly, arrivé il y a juste un an, c'est "une année de transition" qui "a permis de remporter plusieurs batailles importantes", notamment une amélioration sur le marché américain et de l'activité en duty-free.
"Dans un environnement macroéconomique et géopolitique toujours complexe", il s'est félicité d'une performance conforme aux objectifs et "portée par des progrès tangibles".
- Contexte incertain -
la maison-mère du cognac Rémy Martin et de la liqueur Cointreau prévoit pour 2026-27 "un retour à une croissance organique durable du chiffre d'affaires" et "une légère amélioration organique de la marge opérationnelle courante".
Selon M. Marilly, "plusieurs variables restent incertaines, en particulier le niveau des droits de douane américains et le remboursement potentiel des droits déjà payés, les développements géopolitiques au Moyen-Orient, l'environnement macroéconomique mondial et les tendances de consommation, mais aussi les restrictions réglementaires sur la consommation en Chine".
"Mais si ces variables externes pourraient encore façonner l'année, notre détermination est très claire: nous avons l'intention d'être performants et de (nous) transformer", a-t-il dit lors d'un échange avec des analystes.
Le groupe veut "accélérer la croissance de (ses) marques hors cognac, saisir toutes les opportunités sur le cognac pour reconstruire la dynamique, renforcer (ses) positions aux États-Unis et en Chine, tout en identifiant de nouveaux relais de croissance" et miser sur l'innovation, résume M. Marilly.
Son plan "RC Forward", qui veut renforcer "l'esprit entrepreneurial" de la société, inclut une réorganisation, déjà en cours, de ses équipes.
"Nous changeons un peu de vitesse", a souligné le directeur financier, Luca Marotta, relevant que "ce n'est pas un plan de réduction de coûts".
- "Plus centré sur le consommateur" -
Les dépenses de marketing seront centrées sur certains produits et régions.
Le groupe veut "reconquérir" les États-Unis, son premier marché, où une nouvelle direction a été installée, a expliqué le DG.
Pour cela il compte sur de nouveaux canaux de distribution, notamment les épiceries de proximité, pour écouler des formats inédits à destination de nouveaux consommateurs, par exemple des prêts-à-boire en canettes ou de nouvelles versions épicées de ses liqueurs.
"Il faudra peut-être une agilité sur les prix parfois, même si, laissez-moi vous rassurer, nous restons une société premium, avec des marques de luxe," a-t-il dit.
En Chine, son deuxième marché, le groupe veut diversifier ses ventes au-delà du cognac, toucher de nouveaux consommateurs notamment avec des produits en lien avec la "culture du cocktail".
"Nous devons être beaucoup plus centrés vers le consommateur", a insisté le directeur général, même si "nous ne prétendons pas devenir le groupe numéro un" du secteur.
Rémy Cointreau a aussi créé une division Marchés émergents, visant en particulier l'Inde, le Brésil, certaines pays africains.
S.Ross--TNT