The National Times - En Guadeloupe, des corps d'indigents toujours sans sépulture deux mois après leur "découverte"

En Guadeloupe, des corps d'indigents toujours sans sépulture deux mois après leur "découverte"


En Guadeloupe, des corps d'indigents toujours sans sépulture deux mois après leur "découverte"
En Guadeloupe, des corps d'indigents toujours sans sépulture deux mois après leur "découverte" / Photo: © AFP/Archives

Certains reposent dans la chambre froide du CHU depuis 2017: en Guadeloupe, les corps de 22 nourrissons et de neuf adultes "indigents" attendent toujours une sépulture, malgré un arrêté préfectoral pris il y a deux mois pour autoriser leur crémation.

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L'affaire, révélée par La 1ère, avait ému la Guadeloupe en février: la "découverte" d'une cinquantaine de corps d'"indigents" -c'est-à-dire non réclamés par leurs proches- en attente d'inhumation, parfois depuis plusieurs années.

Une trentaine se trouvaient au CHU des Abymes, une vingtaine d'autres, uniquement des adultes, avaient été saisis par la justice -sur la base du recours de l'article 40 du code de procédure pénale par la préfecture- dans les locaux d'une société de pompes funèbres.

Ces derniers "ont, depuis, bien été inhumés par la mairie des Abymes", a indiqué à l'AFP Caroline Calbo, procureure de la République de Pointe-à-Pitre. Pas les autres.

Dans un arrêté du 19 février, la préfecture avait pourtant "autorisé" la commune des Abymes, où se trouve le CHU, à procéder à la crémation des 31 dépouilles, faute de place dans son cimetière communal. Selon l'arrêté, la dépouille la plus ancienne est celle d'un garçon décédé en 2017. Les autres enfants, âgés de zéro à deux mois, sont décédés entre 2020 et 2025.

Mais deux mois plus tard, la municipalité n'a toujours pas délivré les autorisations nécessaires.

"Le code général des collectivités territoriales est très clair: quand une personne reconnue indigente décède dans une commune, c'est au maire de procéder à l'inhumation", insiste auprès de l'AFP le préfet de l'archipel, Thierry Devimeux.

"C'est bien au maire des Abymes de procéder à l'inhumation de ces personnes: ce n'est toujours pas le cas et je regrette que ce ne soit pas le cas."

Selon plusieurs sources proches du dossier, le blocage s'expliquerait surtout par des considérations financières, le coût de l'incinération de ces corps s'élevant à plusieurs milliers d'euros à la charge de la commune.

La municipalité du maire DVG Éric Jalton, sollicitée à plusieurs reprises par l'AFP, n'a pas répondu.

- Morgue saturée -

Le CHU, de son côté, a indiqué "ne pas communiquer à ce stade", dans l'attente d'une ordonnance du juge des référés devant être rendue cette semaine. Mais l'établissement, en déficit chronique comme la majorité des hôpitaux publics de France, a déjà dépensé plusieurs centaines de milliers d'euros pour conserver ces corps.

Début mars, Tania Foucan, cheffe de service de l'institut médico-légal du CHU, révélait à l'AFP avoir "quasiment" réglé intégralement une facture de 750.000 euros au gérant des pompes funèbres, sollicité pour la première année de conservation.

L'engorgement de la morgue du CHU remonte aux années Covid. Dépassé par le nombre de morts non identifiés, en proie à des pannes dans sa propre morgue, le centre hospitalier se rapproche à partir de 2023 des chambres mortuaires des alentours pour garder les corps en attendant que la ville des Abymes prenne en charge leur inhumation.

Mais selon une source proche du dossier, la société de pompes funèbres choisie, au Gosier, ne disposait plus d'agrément préfectoral pour exercer son activité. Suivront deux années d'échanges entre CHU, pompes funèbres et mairie des Abymes sans que rien ne bouge, jusqu'à ce que la préfecture intervienne pour faire enlever les corps, fin février.

Dans son arrêté du 19 février, la préfecture indiquait avoir été "alertée" dès le 31 octobre 2025 par la direction du CHU sur "les conditions de conservation" des corps et constatait l'"absence de délivrance d'autorisation d'inhumer de la part de la mairie des Abymes".

Sur place, l'AFP avait été saisie par la forte odeur de décomposition se répandant dans la ville et émanant des locaux de la société de pompes funèbres.

Depuis, le gérant de la chambre mortuaire a été placé en garde à vue les 17 et 18 mars, dans le cadre d'une enquête préliminaire pour "atteinte à l'intégrité de cadavres, escroquerie aggravée, direction d'un établissement sans habilitation et travail dissimulé", selon la procureure Caroline Calbo.

En attendant, l'affaire continue de faire des remous en Guadeloupe.

Mgr Philippe Guiougou, évêque de Pointe-à-Pitre, a fait part de sa "sidération" dans un communiqué. "Nous sommes offusqués de ce qui se passe, on ne respecte pas la dignité de l'être humain", a-t-il précisé à l'AFP. "J'ai contacté le maire des Abymes par téléphone, il m'a passé son directeur général des services qui m'a garanti que les choses sont en cours, même si elles sont compliquées", a précisé le responsable religieux, craignant que la situation "dure encore".

S.O'brien--TNT

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