The National Times - Bangladesh: des pirates rançonnent ceux qui s'aventurent dans la mangrove

Bangladesh: des pirates rançonnent ceux qui s'aventurent dans la mangrove


Bangladesh: des pirates rançonnent ceux qui s'aventurent dans la mangrove
Bangladesh: des pirates rançonnent ceux qui s'aventurent dans la mangrove / Photo: © AFP

Ceux qui les ont croisés les redoutent encore plus que les tigres du Bengale. Dans la mangrove des Sundarbans, dans le sud du Bangladesh, des bandes criminelles sèment la terreur en rançonnant tous ceux qui s'y aventurent, souvent dans la plus totale impunité.

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Mandal est récemment tombé entre les mains de ceux que les locaux appellent les "pirates". Il a été séquestré près d'un mois avec d'autres pêcheurs de crabes.

"Ma famille était désespérée, et mes camarades (...) ont été incapables d'en parler pendant des semaines", raconte cet homme de 47 ans, qui souhaite n'être identifié que par son prénom par peur des représailles.

Son patron, assure-t-il, avait payé la redevance au groupe armé qui règne sur le secteur avant sa campagne de pêche. "Il a eu le feu vert des pirates", insiste Mandal.

Mais lors de leur quatrième nuit dans la jungle, des hommes armés ont investi le bateau sur lequel lui et ses compagnons dormaient et les ont conduits sur un autre rafiot. Les ravisseurs appartenaient à une autre bande...

"A un moment, les deux groupes rivaux ont même échangé des coups de feu", poursuit le pêcheur. Il raconte s'être caché dans un arbre "pendant que d'autres ont réussi à s'enfuir dans la jungle".

Ce n'est qu'au bout de vingt-sept jours de captivité, et le versement d'une rançon de 40.000 takas (près de 280 euros), que Mandal a pu rentrer chez lui.

- "Pris au piège" -

Depuis plus de dix ans, Mohsin Ul Hakim s'intéresse à ces groupes criminels qui sévissent dans le delta du Gange.

"Certains sont des mercenaires payés par de gros négociants en poisson, qui les recrutent pour garder le contrôle du marché des Sundarbans", explique le journaliste d'investigation.

Selon le ministère des Pêches, ce vaste marécage de plus de 177.000 hectares produit chaque année près de 29.000 tonnes de poisson. De quoi nourrir plus d'un million de personnes.

A ces bandes organisées s'ajoutent des habitants de la jungle, souvent endettés, et qui n'ont d'autre choix que de verser dans l'illégalité.

"Dans de nombreux cas, ils sont pris au piège et ne peuvent plus en sortir", résume Mohsin Ul Hakim.

En 2009, le gouvernement de Dacca a lancé une grande opération de nettoyage des Sundarbans, confiée au redouté Bataillon d'action rapide (RAB). Les exactions de cette unité lui ont valu d'être qualifiée par des ONG d'"escadron de la mort".

Entre 2016 et 2018, ces commandos ont obtenu officiellement la reddition de 328 pirates. Mais ceux-ci n'ont pas disparu. La police bangladaise compte aujourd'hui une dizaine de groupes actifs.

"Certains sont nouveaux, d'autres sont composés de ces mêmes gens qui se sont soi-disant rendus au gouvernement", selon un pêcheur de l'île de Dublar Char qui préfère garder l'anonymat.

- Redevances -

"Les rançons qu'ils exigent sont de plus en plus élevées, parfois jusqu'à 100.000 takas (près de 700 euros) par pêcheur", poursuit-il, jugeant la présence des forces de l'ordre insuffisante.

Porte-parole des gardes-côtes, le major Shamsul Arefin concède que certains groupes ont proliféré à la faveur du chaos politique qui a fait tomber le gouvernement de Sheikh Hasina en 2024.

Mais il assure que les incidents restent isolés.

"Nous avons conduit une centaine d'opérations, arrêté 56 pirates et saisi 78 armes", énumère l'officier.

Pourtant, à en croire un récolteur de miel qui tient à rester discret, le commerce de l'extorsion se porte toujours bien.

Pour sa dernière campagne entamée le 1er avril, il explique avoir dû payer "plus d'un millier de dollars par bateau et promis de leur donner 10 kg de miel" à une bande de pirates pour entrer dans la forêt.

Les agents du département des Forêts regrettent que la police ne suive pas la piste de l'argent qu'ils extorquent à leurs victimes pour démanteler ces groupes.

Surtout, ils s'inquiètent de l'impact de leurs activités sur l'avenir d'un autre occupant de la forêt, le tigre, et de ses proies de prédilection, les cerfs.

"La piraterie pèse évidemment sur l'équilibre écologique des Sundarbans", souligne le conservateur régional des forêts, Imran Ahmed. "Certains groupes abattent régulièrement des cerfs. Et ils n'hésitent d'ailleurs pas non plus à tuer parfois des tigres".

A.Parker--TNT

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