The National Times - Crise chez Grasset: 170 écrivains montent au front contre Bolloré

Crise chez Grasset: 170 écrivains montent au front contre Bolloré


Crise chez Grasset: 170 écrivains montent au front contre Bolloré
Crise chez Grasset: 170 écrivains montent au front contre Bolloré / Photo: © AFP

Le monde traditionnellement feutré de l'édition française a plongé dans la crise avec la décision inédite de 170 écrivains de refuser de publier de nouveaux livres chez Grasset pour dénoncer le "licenciement" de son PDG Olivier Nora, dont ils tiennent pour responsable Vincent Bolloré.

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Cette affaire devrait être largement débattue au Festival du Livre de Paris, qui s'ouvre jeudi soir au Grand Palais.

Avec 450 exposants et 1.800 auteurs attendus, tout le secteur sera présent, à l'exception notable de la plupart des maisons d'édition, notamment Grasset, appartenant à Hachette, le numéro un français de l'édition, contrôlé par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré.

Dans leur lettre ouverte, publiée en milieu de nuit, ces écrivains dénoncent "une atteinte inacceptable à l'indépendance éditoriale" de Grasset après l'annonce mardi du départ d'Olivier Nora, à la tête de Grasset depuis 26 ans.

"Nous sommes des auteurs Grasset, nous avons publié chez Grasset, ou nous avons un livre qui va sortir chez Grasset, mais nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset", affirment ces écrivains, dont une partie s'était réunie dans un café parisien mercredi en fin de journée.

"Il y a eu des moments de tension parce qu'il faut s'imaginer qu'à Grasset il y a des gens très à gauche, de l'autre côté, des gens plutôt très à droite", a raconté jeudi la romancière Colombe Schneck à l'AFP.

Mais "c'était impossible de ne rien faire. Le départ d'Olivier Nora a été une étincelle. On a vu ce que Bolloré a fait à iTélé, à Europe 1, au JDD, chez Fayard. On ne peut pas laisser toutes les maisons du groupe Hachette devenir des maisons d'extrême droite", selon elle.

"Nous refusons d'être les otages d'une guerre idéologique visant à imposer l'autoritarisme partout dans la culture et les médias", affirment les signataires.

Le courrier a été signé par de grands noms de la littérature, romanciers comme essayistes: Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy, Frédéric Beigbeder, Anne Berest ...

- "Mépris" -

"Une telle indignation collective, très rare chez les écrivains, montre bien le choc face au mépris d'un actionnaire qui remplace un éditeur respecté par un gestionnaire politiquement orienté", commente le romancier Gaspard Koenig, ancien auteur de Grasset.

Interrogé, le groupe Hachette n'a pas réagi dans l'immédiat à la publication de la lettre ouverte. Il a annoncé mardi que Jean-Christophe Thiery, PDG de Louis Hachette Group et homme de confiance de Vincent Bolloré, allait prendre la direction de Grasset.

La publication de la lettre "fait du bien", a commenté une employée de Grasset, où travaillent 38 personnes dans le Quartier latin. "Tout le monde est sous le choc, ce qui nous arrive est une déflagration", selon elle.

Des responsables politiques, surtout de gauche, ont également dénoncé des "purges" dans l'édition et "l'offensive de l'idéologie réactionnaire et de l'argent" menée par Vincent Bolloré, selon l'ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve.

Les auteurs envisagent désormais d'engager une procédure pour récupérer leurs droits sur les livres qu'ils ont publiés chez Grasset, ce que souhaitent aussi faire plusieurs dizaines d'écrivains, notamment des historiens, ayant publié chez Fayard, autre maison d'édition de l'orbite Hachette.

La sénatrice socialiste Sylvie Robert a appelé jeudi à une "loi d'urgence" visant à reconnaître une "clause de conscience" qui pourrait être activée par les auteurs "en cas de changement radical dans la ligne éditoriale" et ouvrirait la voie à certains droits ou indemnités.

Dans une tribune publiée jeudi sur le site du Monde, 17 universitaires essayant de récupérer leurs droits de chez Fayard, autre maison d'édition appartenant à Hachette, appellent également à l'instauration d'une telle clause, afin "de pouvoir sortir (les auteurs, ndlr) d'une dépendance contraire à leur éthique".

Soucieux de s'éloigner des polémiques, le Festival du livre espère attirer plus de 100.000 visiteurs de vendredi à dimanche en célébrant "la lecture sous toutes ses formes, de la littérature aux albums jeunesse en passant par la new romance", selon son directeur général, Pierre-Yves Bérenguer.

Le festival met à l'honneur le thème du "voyage", "littéraire, intérieur et géographique", et consacrera deux grandes expositions à la bande dessinée, dont l'une, "Crush", sur la romance dans le 9e art.

R.Evans--TNT

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