The National Times - Chemsex: un psychiatre alerte sur le coût psychique de la "sexualité augmentée"

Chemsex: un psychiatre alerte sur le coût psychique de la "sexualité augmentée"


Chemsex: un psychiatre alerte sur le coût psychique de la "sexualité augmentée"
Chemsex: un psychiatre alerte sur le coût psychique de la "sexualité augmentée" / Photo: © AFP

"Addiction, dépression, idées suicidaires": le chemsex, des rapports sexuels sous drogue surtout pratiqués par des hommes homosexuels, peut avoir un lourd coût psychique, alerte le psychiatre Jean-Victor Blanc dans son livre à paraître vendredi.

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Addictologue à l'hôpital parisien Saint-Antoine (AP-HP) et enseignant à la Sorbonne, il signe aux éditions du Seuil "Des amours chimiques, le fléau du chemsex", contraction de "chemicals" ou produits chimiques et de "sex".

Apparu dans les années 2000, le mot désigne l'usage de produits psychotropes "dans le but d'améliorer plaisir sexuel et durée", explique le Dr Jean-Victor Blanc à l'AFP, une "sexualité augmentée" par des drogues de synthèse: 3-MMC, GHB, GBL - un nettoyant automobile en vente libre que l'organisme dégrade en GHB -, kétamine...

Ces substances ayant "un effet négatif sur l'érection, l'usager prend souvent en plus un produit à effet érectile comme le Viagra", précise le médecin qui a ouvert sa consultation spécialisée il y a dix ans.

Cette pratique concernerait a minima 100.000 à 200.000 personnes en France, essentiellement des hommes homosexuels, selon un rapport de 2022 remis au ministère de la Santé - 40% en auraient un usage problématique.

Les applications de rencontre (Grindr...) en ont accéléré l'usage, en donnant "l'illusion de pouvoir, 7 jours sur 7, 24h sur 24, rencontrer des partenaires pour un acte sexuel géolocalisé, partout dans le monde", dit le psychiatre.

Le chemsex, qui fait courir le risque d'une contamination par le VIH ou d'autres infections sexuellement transmissibles - en cas de "slam" où le produit est injecté, et parce qu'il inclut des pratiques sexuelles non protégées - peut aussi engendrer au niveau psychique, "addiction, dépression, troubles anxieux, idées suicidaires, délirantes...", rapporte-t-il.

Très addictif, il peut aussi déboucher sur "un isolement, une rupture, la perte d'un emploi: toutes les conséquences liées à la consommation des drogues". Mais le risque le plus grave est "l'overdose avec le coma au GHB: c'est souvent ce qui conduit les patients aux urgences".

Dans sa dernière enquête triennale (2021-2024) l'agence du médicament (ANSM) a recensé 563 cas de complications liés à cet usage sexuel de drogues, dont quatre sur dix étaient graves, et 15 décès - des chiffres probablement sous-estimés.

- "30% agressés sexuellement dans l'enfance" -

A sa consultation défilent des patients aux profils très divers: travailleur du sexe sous OQTF, cadre de la finance, haut fonctionnaire marié et père de famille... relate Jean-Victor Blanc.

Une histoire de vie douloureuse les lie toutefois: "difficultés avec l'orientation sexuelle, harcèlement dans l'enfance et 30% d'entre eux ont été agressés sexuellement enfant, c'est énorme", rapporte le médecin.

"On sait que les personnes homosexuelles ont plus de risques d'avoir un trouble psychique, dépression, addiction, stress post-traumatique, notamment en lien avec les discriminations et d'avoir un usage sexualisé des drogues qui leur fait courir le risque de subir à nouveau des violences sexuelles", développe-t-il.

Et des hommes contraints de migrer, parfois du fait de leur orientation sexuelle, peuvent voir dans le chemsex une "solution rapide, séduisante car elle semble hédoniste", pour oublier "discriminations" et "injonctions religieuses".

Le Dr Jean-Victor Blanc veut sortir le chemsex de la rubrique des faits divers, comme l'affaire de l'humoriste Pierre Palmade condamné fin 2024 à deux ans de prison ferme pour avoir causé un grave accident routier.

Son but est d'alerter sur un "fléau" de santé publique, "longtemps passé sous les radars, peut-être parce qu'il semblait ne toucher que la communauté gay ?"

Co-fondateur du festival Pop & Psy, en octobre à Paris, qui veut déstigmatiser les troubles psychiques, animateur d'un ciné-club dans les cinémas MK2, le psychiatre nourrit son propos de références à des livres, films et séries où "comme dans toute fiction, on trouve de profondes vérités", dit-il en citant le générique de la série "Veneno" (Netflix).

Au festival Séries Mania 2026, il a repéré la série polonaise primée "Proud" (HBO) qui suit Filip, jeune gay adepte de chemsex.

"Insuffisamment connu des professionnels de santé", ce qui est source de stigmatisation des patients, le chemsex doit être inclus dans la formation initiale des généralistes et pharmaciens, estime l'ANSM.

Le 20 février, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a affirmé vouloir s'inspirer du rapport sur le sujet remis par le Pr Amine Benyamina pour la Stratégie nationale de santé sexuelle en cours d'élaboration.

O.Nicholson--TNT

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