The National Times - La guerre au Moyen-Orient scelle le rapprochement entre la tech et l'armée américaine

La guerre au Moyen-Orient scelle le rapprochement entre la tech et l'armée américaine


La guerre au Moyen-Orient scelle le rapprochement entre la tech et l'armée américaine
La guerre au Moyen-Orient scelle le rapprochement entre la tech et l'armée américaine / Photo: © AFP/Archives

Après des décennies de relations distendues, le secteur de la tech et l'armée américaine convergent de plus en plus ostensiblement l'un vers l'autre, encouragés par des investisseurs qui y voient un eldorado.

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Palantir, Anthropic, Anduril... Pour la première fois dans une guerre impliquant les Etats-Unis, il n'est plus seulement question des géants habituels du complexe militaro-industriel américain, les Lockheed Martin ou Boeing.

La plateforme d'analyse de données de la start-up Palantir, Maven, a été utilisée massivement dans l'offensive contre l'Iran, de même que l'intelligence artificielle (IA) d'Anthropic.

Quant à la jeune entreprise Anduril, son président, Matthew Steckman, a révélé lundi qu'elle fournissait "l'un des principaux systèmes de défense" contre les fameux drones iraniens Shahed.

Autre signe des temps, la jeune pousse californienne vient de décrocher un contrat massif avec l'armée américaine, pour 10 ans et jusqu'à 20 milliards de dollars.

Mi-mars, le patron de Palantir, Alex Karp, a vu dans ces développements la concrétisation d'un "virage énorme dans la Silicon Valley".

"Quand nous avons créé Palantir", s'est-il souvenu, "nous n'arrivions pas à lever de fonds", handicapés par un positionnement autant militaire que civil.

Autre signe manifeste de cette réticence, plusieurs campagnes internes ont secoué, à la fin des années 2010, Microsoft, Amazon et Google, au point de pousser ce dernier à renoncer, en 2018, au contrat Maven, récupéré par Palantir.

Mais depuis, "la (Silicon) Valley est passée d'une posture hostile à neutre, puis favorable vis-à-vis de l'idée de soutenir nos combattants, comme toute autre industrie", constate Alex Karp.

En 2025, le capital-investissement a injecté 49 milliards de dollars dans les entreprises technologiques de défense, un record et quasiment le double de l'année précédente (27), selon le site spécialisé PitchBook.

Merritt Ogle, de l'organisation Silicon Valley Defense Group, qui promeut le rapprochement des deux sphères, attribue principalement ce coup de volant à une prise de conscience liée aux tensions entre la Chine et Taïwan ainsi qu'à l'invasion de l'Ukraine.

"Quand il s'agit de protéger la démocratie et les libertés", dit-elle, "il devient plus difficile de dire que globalement, tout ce qui touche à la défense est mauvais."

La montée en puissance de l'IA a introduit de nouvelles problématiques, comme celles posées récemment par la start-up Anthropic, et amené des salariés de l'industrie à se révolter publiquement, mais avec un résultat incertain.

- "Pas que des munitions" -

Au centre de l'écosystème, le gouvernement américain "a réalisé que les Etats-Unis devaient puiser dans une base élargie d'innovateurs dans le domaine de la sécurité nationale", décrit Mark Valentine, responsable de la stratégie pour la défense chez Skydio, spécialisé dans les drones.

L'enveloppe n'a jamais été un problème pour l'armée américaine qui dispose depuis des décennies, du plus important budget au monde en la matière, et de très loin, à hauteur de 962 milliards de dollars pour l'exercice 2026.

Mais la quasi-totalité des fonds allaient aux grands fournisseurs habituels.

Depuis une décennie environ, sous des gouvernements républicains et démocrates, le Pentagone a multiplié les initiatives pour favoriser le développement et l'adoption de nouvelles technologies.

Plusieurs programmes ont été lancés, pour renforcer les liens avec le secteur privé, et "le gouvernement montre beaucoup plus d'appétit pour soutenir les jeunes entreprises", observe Drew Wandzilak, responsable du fonds "tech stratégique" au sein de la société de capital-investissement Alumni Ventures.

"Il y a une compréhension élargie du fait que pour garder un avantage technologique, il faut intégrer les meilleurs outils et le faire plus rapidement que par le passé", selon Mark Valentine.

Pour Drew Wandzilak, la physionomie du conflit ukrainien ou de la guerre au Moyen-Orient, avec ses avalanches de drones et de missiles, a montré qu'"avoir les équipements les plus chers ou les plus avancés ne (faisait) plus la différence. (...) Ca se joue sur le volume et les capacités", d'où l'utilité d'avoir des prestataires agiles, et nombreux.

L'enjeu consiste aussi à aider des jeunes pousses à survivre au processus traditionnellement ardu qui mène jusqu'à un contrat public.

Du point de vue des investisseurs, "le délai avant de générer un chiffre d'affaires significatif peut être plus long", mais à l'arrivée, ces contrats offrent des marges importantes et de la pérennité, analyse Drew Wandzilak.

Merritt Ogle relève également que le signal donné par le gouvernement a incité des entreprises technologiques étrangères au monde de la défense à imaginer des applications militaires de leurs produits.

Pour elle, "cela a permis aux gens qui font partie de cet écosystème de s'ouvrir à l'idée que nous ne faisons pas que des munitions".

D.Cook--TNT

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