Vastes rappels de lait infantile dans plusieurs pays
Après Nestlé ces dernières semaines, le français Lactalis a annoncé mercredi le lancement d'un vaste rappel de lait infantile dans plusieurs pays dont la France, la Chine, l'Australie et le Mexique. Les autorités françaises ont fait un lien entre ces deux campagnes: un fournisseur chinois.
Les rappels de Lactalis et Nestlé sont motivés par la présence éventuelle de céréulide, une substance d'origine bactérienne susceptible de provoquer diarrhées et vomissements, dans les laits infantiles pourtant très contrôlés puisqu'ils sont utilisés auprès des nourrissons, en complément ou comme aliment alternatif au lait maternel.
La céréulide est un composant toxique produit dans certaines conditions par une famille de bactéries quand celles-ci sont réchauffées à une température insuffisante pour les éliminer, puis refroidies.
"Les retraits et rappels organisés actuellement par Nestlé et Lactalis sont bien dus à une matière première fournie par un même producteur en Chine", a indiqué le ministère de l'Agriculture à l'AFP.
Selon l'association Foodwatch, il s'agit d'un des rares fournisseurs dans le monde d'acide arachidonique (ARA), substance de synthèse très réglementée en Europe entrant dans la composition de certains laits infantiles car source d'oméga-6.
L'ONG a annoncé mercredi porter plainte contre X pour "faire la lumière" sur ces rappels, affirmant que "des millions de nourrissons dans le monde étaient concernés".
- Rappels de Danone -
Le secteur du lait infantile a été secoué ces dernières années par plusieurs alertes sanitaires, avérées ou non.
Lactalis est mis en examen depuis 2023 notamment pour "tromperie aggravée" et "blessures involontaires", en raison de sa gestion de la crise du lait infantile de 2017-2018, quand plusieurs dizaines de nourrissons en France avaient été atteints de salmonellose.
Ces alertes ont des répercussions importantes sur les ventes des groupes et la confiance des consommateurs, en témoignent les baisses ces dernières semaines du cours de Bourse de Nestlé, un des leaders du secteur, après les annonces successives de rappel. Lactalis n'est pas coté.
Mercredi, c'est Danone, autre acteur incontournable du lait infantile dans le monde, qui a observé sa plus forte baisse en séance depuis son introduction en Bourse en 1989.
L'agence alimentaire de Singapour a annoncé le 17 janvier le rappel de laits infantiles Dumex, une marque de nutrition pour bébés rachetée en 2022 par Danone. Selon l'entreprise, seules "quelques palettes" de Dumex 1er âge ont été bloquées à la demande des autorités singapouriennes, ce qui signifie que les lots concernés n'étaient pas encore en magasin.
Ces blocages s'ajoutent aux rappels plus massifs de Lactalis, dans 17 pays, et Nestlé, dans une soixantaine de pays.
En France métropolitaine pour Lactalis, c'est la marque Picot, vendue en pharmacie et en supermarchés, qui est concernée. Ce rappel fait suite à une alerte de l'association Alliance 7, qui réunit des syndicats des métiers de l'épicerie et de la nutrition spécialisée, a expliqué Lactalis à l'AFP.
Seize autres pays sont concernés: l'Australie, le Chili, la Chine, la Colombie, le Congo-Brazzaville, l'Équateur, l'Espagne, Madagascar, le Mexique, l'Ouzbékistan, le Pérou, la Géorgie, la Grèce, le Koweït, la République Tchèque et Taïwan.
- "Quelques lots" -
Pour tous ces pays, il s'agit de "quelques lots" produits en France, a souligné une porte-parole à l'AFP, sans les détailler, ceux-ci n'ayant pas la même taille en fonction des commandes.
Lactalis n'a pas souhaité communiquer le nom de son fournisseur d'acide arachidonique, précisant qu'il était distribué par un grossiste européen partenaire.
"A ce stade, aucune réclamation ni aucun signalement liés à la consommation de ces produits n'ont été rapportés par les autorités françaises", ajoute le géant laitier.
Début janvier, plusieurs des filiales de Nestlé en Europe, notamment en Allemagne, en Italie, en Suède et en France, avaient annoncé un rappel volontaire de certains lots de produits, commercialisés sous des noms différents selon les pays.
Des produits Nestlé avaient été rappelés dès mi-décembre.
Ces procédures concernent désormais une soixantaine de pays, dont la France, et le patron de Nestlé, Philipp Navratil, a présenté des excuses mi-janvier alors que le groupe est accusé par des ONG d'avoir tardé à prendre des mesures.
Les autorités sanitaires françaises ont annoncé mardi que des investigations étaient en cours après le décès d'un bébé ayant consommé du lait infantile produit par Nestlé et concerné par un vaste rappel, sans qu'il soit possible à ce stade d'établir un lien direct.
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R.T.Gilbert--TNT