Des tracteurs au coeur de Paris, une action "pas acceptable" pour le gouvernement
Une centaine d'agriculteurs en tracteurs sont entrés dans Paris jeudi avant l'aube et comptent faire un tour de sites emblématiques alors qu'il leur est interdit de manifester à proximité des institutions, une action "pas acceptable" pour le gouvernement.
"Mission accomplie", s'est félicité sur Europe 1 Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole français, rappelant leur ambition de rencontrer la présidente de l'Assemblée nationale et le président du Sénat pour "qu'on leur explique que les parlementaires depuis 30 ans ont contribué à la mort de l'agriculture française".
Les récentes annonces du gouvernement ou de Bruxelles ainsi que les rencontres successives à Matignon n'ont pas satisfait le syndicat, habitué des opérations coup de poing, notamment sur les dossiers de l'accord UE-Mercosur et de la dermatose nodulaire contagieuse qui a ravivé la colère agricole début décembre dans le Sud-Ouest dont sont partis de nombreux convois.
"On n'a pas eu de réponse", a asséné M. Venteau sur BFMTV, dénonçant un problème "français" avec des normes trop contraignantes et réitérant la proposition du syndicat, à la fois libéral, souverainiste et localement proche de l'extrême droite dans le Sud-Ouest, de supprimer les agences environnementales.
Le gouvernement "ne laissera pas faire" les actions des agriculteurs en région parisiennne qui sont "illégales", a prévenu jeudi la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon sur France info. "Bloquer partiellement l'A13 comme c'est le cas ce matin ou tenter de venir devant l'Assemblée nationale avec toute la symbolique que ça induit, c'est encore une fois illégal", a-t-elle ajouté.
- Braver les interdiction -
Un arrêté de la préfecture de police mercredi soir avait interdit les manifestations autour de certaines zones sensibles notamment l'Elysée, Matignon, le Parlement, des ministères, ou le marché de Rungis, entre autres.
Selon un journaliste de l'AFP, une vingtaine d'agriculteurs sont présents à la tour Eiffel, leurs tracteurs (une dizaine) garés tout près. Sur la pelle d'un tracteur, il est inscrit "CR 33 NON AU MERCOSUR".
Sous l'Arc de Triomphe vers 09H00, une quinzaine de tracteurs cernés par un imposant dispositif des forces de l'ordre étaient immobilisés, a constaté un journaliste de l'AFP. "France! Veux-tu encore de tes paysans?", peut-on lire sur la pelle de l'un de ces tracteurs.
Des convois sont bloqués dans les départements environnant Paris et de nombreux tracteurs ont été mis en fourrière, selon une source proche du dossier.
Près de Bordeaux, l'accès au dépôt de carburant de Bassens (Gironde) est bloqué depuis mercredi soir par une quarantaine d'engins agricoles de la Coordination rurale, a indiqué jeudi matin la préfecture.
Une dizaine de blocages routiers ont été recensés, la moitié à Beaune (Bourgogne) mais aussi sur des autoroutes et une zone de fret du Sud-Ouest.
Des tracteurs de la CR tentent de bloquer l'accès à Rodez dans l'Aveyron pour protester contre l'interpellation de plusieurs de leurs dirigeants en Seine-et-Marne mercredi soir.
- La FNSEA aussi mobilisée -
Depuis l'hiver 2024, les agriculteurs demandent des simplifications administratives et un allègement des normes, notamment européennes, jugées trop contraignantes et propices à créer une concurrence déloyale.
La FNSEA et ses alliés des Jeunes agriculteurs (JA) ont appelé à la mobilisation nationale dimanche dernier mais pour des actions locales.
Plusieurs dizaines d'adhérents des sections Ile-de-France se sont toutefois rassemblés avec des drapeaux jeudi matin devant la Tour Eiffel pour déposer une gerbe "aux agriculteurs français" entourées de fumigènes. Ils se dirigent vers 09H00 vers le Parlement, a indiqué à l'AFP un porte-parole.
Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, présentera ses vœux à la presse à 10H00 à Paris.
En attendant, le syndicat, accusé de cogestion avec l'Etat par les deux autres syndicats, a temporisé, annonçant mardi que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, leur avait promis des mesures "concrètes" d'ici la fin de semaine.
Le "chiffon rouge" pour le syndicat dominant est l'accord commercial UE-Mercosur dont la probable signature lundi pourrait intensifier la mobilisation.
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S.Clarke--TNT