Privés d'avocats, des mineurs isolés risquent d'être expulsés des États-Unis
Devant un juge de Louisiane, une adolescente de 17 ans et son bébé comparaissent pour une demande d'asile, sans avocat, une situation devenue plus fréquente aux Etats-Unis depuis que l'administration Trump a tenté de couper les financements publics d'aide juridique aux mineurs isolés.
"Je fais ce métier depuis dix ans et je n'ai jamais connu de période aussi grave que celle-ci en ce qui concerne l'offensive concertée du gouvernement contre les enfants", dénonce Roxana Avila-Cimpeanu de Florence Immigrant & Refugee Rights Project, l'une des associations touchées.
En 2025, Donald Trump a voulu couper les financements de l'Office of Refugee Resettlement (ORR). Cette agence finance un réseau national d'organisations qui offrent une aide juridique à des mineurs non accompagnés en foyers d'accueil ou pris en charge par les autorités.
Cette mesure a été bloquée par une juge fédérale, mais le gouvernement a tout de même arrêté ses versements. L'administration a également fait expirer son contrat avec Acacia Center for Justice, qui chapeautait une centaine d'organisations.
Roxana Avila-Cimpeanu est celle qui a repéré le cas de cette adolescente et son enfant dans un tribunal de Louisiane en août. "Le bébé courait partout en jetant des jouets et en pleurant, et la mère devait se concentrer sur l'audience", a-t-elle raconté.
Ce cas lui rappelle celui de 2018 lorsqu'un bébé âgé de quelques mois avait dû comparaître. "Nous avons dû dire que le bébé contestait les accusations portées contre lui (...) c'est tout à fait absurde mais cela fait partie de la procédure", a-t-elle ajouté.
Selon CNN, 25 enfants, dont certains sans avocat, se sont retrouvés face à un juge de l'immigration, cette fois au Texas.
- "Sécurité" -
Selon Roxana Avila-Cimpeanu, les financements publics étaient devenus conditionnés à la transmission d'informations confidentielles concernant les personnes représentées par le réseau, soit environ 20.000 enfants.
"Nous n'étions pas en mesure de le faire, c'est pour cela qu'ils ont coupé les financements pour six mois", a-t-elle ajouté affirmant que cela était "contraire aux règles déontologiques" des avocats.
L'administration a alors voulu confier les demandes d'asile à l'entreprise Burke Law Group, dont la fondatrice a fait partie du gouvernement de Donald Trump lors de son premier mandat.
Elle a également fait appel à Our Rescue, une organisation fondée par l'ancien conseiller de Donald Trump sur la question de l'exploitation sexuelle des enfants et aujourd'hui dirigée par un ex enquêteur de la police de l'immigration (ICE).
Ce contrat a été suspendu dans le cadre de questions soulevées par le Congrès sur les fonds fédéraux.
Dans une lettre adressée au gouvernement cette semaine, des élus démocrates ont exprimé leur "profonde inquiétude" quant au fait de confier "une population vulnérable à des entreprises manifestement incapables de remplir cette mission".
"La protection légale des enfants ne devrait jamais servir de monnaie d'échange dans le clientélisme politique", ont-ils ajouté.
Dans une déclaration à l'AFP, l'ORR a affirmé avoir versé des fonds pour le reste de l'année au Comité américain pour les réfugiés et les immigrants (USCRI). Un organisme qui "est présent à 100% lors des audiences et a élargi ses services pour proposer des conseils, consultations et représentations juridiques directes".
Bilal Askaryar, directeur de la communication à Acacia Center for Justice, a de son côté déploré ce choix, ajoutant que l'USCRI comptait bien moins d'avocats que les 800 au sein de son réseau.
"Pour nous, il ne s'agit pas d'un contrat. Ce n'est pas un différend entre une organisation et le gouvernement. Il s'agit de 20.000 enfants arrivés aux États-Unis en quête de sécurité", a-t-il affirmé.
A.Little--TNT