Crue dans l'Himalaya : près de 2.500 personnes portées disparues, les secours à pied d'oeuvre
Les secours ont poursuivi vendredi leur course contre la montre pour tenter de retrouver des rescapés, après la crue destructrice de mercredi qui a fait près de 600 morts à la frontière entre le Népal et la Chine, quelque 2.500 personnes étant toujours portées disparues.
Les milliers de sauveteurs mobilisés ont déjà extirpé 586 corps - 579 côté népalais, 7 côté chinois - de la mer de boue qui a recouvert une région de l'Himalaya à la frontière entre ces deux pays, selon les bilans officiels, sans compter 7 cadavres repêchés en Inde dans des rivières prenant leur source au Népal.
L'organisme népalais chargé de la gestion des catastrophes a signalé que 933 employés d'une centrale hydroélectrique faisaient partie des gens avec lesquels le contact était perdu.
"Je n'ai pas de nouvelles depuis que je lui ai parlé ce jour-là (mercredi, ndlr) à 07H00", a confié à la presse Sita Adhikari, dont le mari figure parmi eux. "Nous ne savons pas non plus où en sont les tentatives pour les sauver."
"Je me trouvais à la centrale quand j'ai entendu un bruit fracassant", a témoigné auprès de l'AFP Ananay Sharma, un ingénieur indien de 29 ans. "Quand j'en suis ressorti, tout avait disparu, sauf la rivière."
- "Nous ne savons rien" -
"C'est le troisième jour et nous ne savons rien. J'espère qu'il (mon frère) est en sécurité. (...) Nous avons tout perdu et il est tout pour nous", a dit à l'AFP Samjhana Thing, 27 ans.
"La richesse m'importe peu. Je veux simplement retrouver mon fils. Si l'un d'entre vous peut le sauver, je vous en supplie, faites-le pour moi", s'est quant à elle écriée Kula Priya.
L'Institut d'études géologiques des Etats-Unis (USGS) a expliqué que ce cataclysme avait été provoqué par l'effondrement d'un glacier, déclenchant une vaste coulée de débris glacés.
Ce déluge de glace et de boue a également entraîné la formation d'immenses lacs.
L'une de ces étendues d'eau constitue une menace directe pour les secouristes.
La police népalaise a à cet égard exhorté tous les sauveteurs à "se rendre immédiatement dans un lieu sûr", après avoir reçu des informations selon lesquelles "un barrage a de nouveau cédé du côté tibétain".
Au Tibet, du côté chinois de la frontière, les opérations de secours ont dû être suspendues vendredi dans la zone de Gyirong, la plus durement touchée, en raison d'un risque de nouvelles inondations, avant que la menace ne se soit finalement dissipée.
La chaîne de télévision publique CCTV a rapporté qu'un lac formé par d'énormes amas de débris avait commencé à déborder en direction de l'endroit où se rendaient les secouristes, mais a précisé par la suite que le niveau de l'eau avait baissé.
Un premier groupe de 21 pompiers chinois, accompagnés d'un chien, a toutefois enfin pu parvenir vendredi après-midi dans les environs du poste-frontière de Gyirong, au coeur de la zone dévastée, ont rapporté les médias d'Etat.
- Randonneurs et pèlerins -
Située dans le massif de l'Himalaya, la région du Népal qui a subi cette tragédie, attire en temps ordinaire randonneurs et alpinistes du monde entier, notamment pour gravir le mont Everest. C'est aussi un lieu de pèlerinage pour les hindous et les bouddhistes tibétains.
Une Indienne qui participait à un pèlerinage autour du mont sacré Kailash, au Tibet, a raconté à l'AFP que deux des trois cars qui transportaient son groupe de 57 fidèles avaient été emportés mercredi par la coulée de boue.
"Soudain, nous avons été pris dans une sorte de brouillard, de fumée, qui a tout enveloppé", a témoigné Sivaranjani Muthunathan, 46 ans, montrant une vidéo du torrent qui a balayé le convoi, réalisée avec son téléphone.
Cette catastrophe est la plus meurtrière au Népal depuis le tremblement de terre de 2015 dans lequel environ 9.000 personnes ont péri. En 1993, des crues historiques y avaient fait plus de 1.300 morts.
Les difficultés d'accès aux zones sinistrées rendent difficiles toute évaluation des dégâts.
"D'après les estimations actuelles, quelque 93.000 personnes pourraient avoir été touchées", a relevé le représentant de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) au Népal, David Fisher. "Le traumatisme sera énorme".
Les inondations et les glissements de terrain sont fréquents pendant la mousson - entre juin et septembre - au Népal, au Tibet et dans toute l'Asie du Sud. Selon les scientifiques, le changement climatique accroît leur intensité et leur fréquence.
P.Jones--TNT