Pédopornographie: Telegram dans le viseur du régulateur britannique des médias
Le régulateur britannique des médias, l'Ofcom, a annoncé mardi l'ouverture d'une enquête visant Telegram "après des éléments laissant penser que du matériel pédopornographique" a pu être partagé sur la messagerie, qui "dément catégoriquement".
Cette enquête, ouverte dans le cadre de la loi britannique sur la sécurité en ligne (Online Safety Act), doit "déterminer si Telegram a manqué, ou manque, à ses obligations en matière de contenus illégaux", souligne l'organisme dans un communiqué.
Elle peut théoriquement aboutir à une amende pouvant atteindre jusqu'à 10% du chiffre d'affaires mondial de l'entreprise.
L'Ofcom explique avoir "reçu des éléments du Centre canadien de protection de l'enfance concernant la présence présumée et le partage de contenu pédopornographique sur Telegram" et avoir procédé à sa "propre évaluation" avant d'ouvrir son enquête.
Le régulateur rappelle que, selon la loi britannique, les fournisseurs de services "d'utilisateur à utilisateur" sont "tenus d'évaluer et d'atténuer le risque" que le partage ou la détention de tels contenus "soit commis sur leurs plateformes".
- "Liberté d'expression" -
"Depuis 2018, Telegram a quasiment éliminé la diffusion publique de contenus pédopornographiques sur sa plateforme grâce à des algorithmes de détection de pointe et à sa coopération avec des ONG", a répondu l'entreprise dans un communiqué, où elle "dément catégoriquement les accusations de l'Ofcom".
"Nous sommes surpris par cette enquête et préoccupés par le fait qu'elle puisse s'inscrire dans une offensive plus large contre les plateformes en ligne qui défendent la liberté d'expression et le droit au respect de la vie privée", ajoute-t-elle.
La messagerie s'était engagée fin 2024 à lutter activement pour détecter, retirer et empêcher les contenus pédocriminels, en collaboration avec l'association britannique spécialisée Internet Watch Foundation (IWF).
Dans le cadre de cette collaboration, elle peut notamment utiliser les empreintes numériques de millions d'images et vidéos d'agressions sexuelles sur des enfants déjà identifiées pour les repérer immédiatement lorsqu'elles sont partagées publiquement sur la messagerie.
Mais "les efforts déployés pour empêcher la diffusion d'images d'abus sexuels (...) ne sont pas suffisants", explique à l'AFP Emma Hardy, directrice de la communication d'IWF.
"Nous savons que les délinquants exploitent les failles du système. Pour être réellement efficace, l'entreprise doit donc aller plus loin", insiste-t-elle.
- "Prédateurs" -
Le modèle de Telegram repose sur la confidentialité. Les données personnelles des utilisateurs sont protégées et les échanges chiffrés.
Son fondateur, Pavel Durov, a apporté lundi son soutien à Elon Musk, convoqué en audition libre à Paris par la justice française dans le cadre d'une enquête sur les possibles dérives de son réseau social X.
"La France de Macron perd en légitimité en instrumentalisant les enquêtes pénales pour réprimer la liberté d'expression et la vie privée", a écrit M. Durov sur X et sur Telegram.
Né en Russie et naturalisé français en 2021, le milliardaire de 41 ans a été mis en examen pour plusieurs infractions par la justice française, qui lui reproche de ne pas agir contre la diffusion de contenus criminels sur sa messagerie, créée en 2013.
En mai 2025, 55 hommes avaient été interpellés partout en France dans le cadre d'une vaste opération de démantèlement d'un réseau de pédocriminalité qui échangeait sur la plateforme.
Outre son enquête contre Telegram, l'Ofcom a également annoncé mardi des enquêtes contre les sites Teen Chat et Chat Avenue, "qui proposent des salons de discussion ouverts, des messages privés, la création de profils et des fonctionnalités de partage de médias".
Le régulateur britannique entend "examiner s'ils remplissent leurs obligations vis‑à‑vis de la protection des enfants contre le risque d'être manipulés par des prédateurs".
S.Clarke--TNT