The National Times - Japon: Sanae Takaichi, une Première ministre pas féministe

Japon: Sanae Takaichi, une Première ministre pas féministe


Japon: Sanae Takaichi, une Première ministre pas féministe
Japon: Sanae Takaichi, une Première ministre pas féministe / Photo: © POOL/AFP

Sanae Takaichi doit devenir dans quelques semaines la première femme Premier ministre du Japon, mais bon nombre de ses positions reflètent une vision très conservatrice dans une nation encore profondément patriarcale.

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Takaichi, dont le modèle politique est Margaret Thatcher, a été élue cheffe du Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir samedi et deviendra probablement Première ministre ce mois-ci, après un vote du Parlement.

Elle a promis de nommer un gouvernement avec des niveaux de parité "nordiques", en référence au grand nombre de ministres femmes en Islande, en Finlande ou en Norvège.

Actuellement, seules deux femmes figurent parmi les 20 membres du gouvernement du Premier ministre démissionnaire Shigeru Ishiba, dont l'une est responsable de la politique de l'enfance.

Espérant "sensibiliser" aux problèmes de santé des femmes, Takaichi, 64 ans, a aussi ouvertement parlé de son expérience de la ménopause.

Elle s'oppose par exemple à la révision d'une loi du XIXe siècle exigeant que les couples mariés portent le même nom de famille, ce qui conduit majoritairement les femmes à adopter celui de leur mari.

Elle est également "fondamentalement opposée" au mariage homosexuel et ne soutient pas la modification des règles de succession impériale réservées aux hommes au Japon.

Pour Yuki Tsuji, professeure universitaire spécialisée en politique et en genre, la signification symbolique d'avoir une Première ministre est "assez importante".

En revanche, si elle échoue, "cela pourrait alimenter une vision négative des femmes à ce poste", explique-t-elle à l'AFP.

De plus, Takaichi "s'appuie sur des principes conservateurs et ne s'intéresse pas aux droits des femmes ou aux politiques d'égalité des genres", ajoute la professeure.

- Entre fierté et scepticisme -

Yuka, une employée de bureau de Tokyo dans la cinquantaine, interrogée par l'AFP, voit, elle, dans cette victoire l'occasion de "fièrement dire au monde que le Japon aura probablement une dirigeante", même si elle reste sceptique sur d'éventuels progrès sur les questions de genre.

L'année dernière, Mitsuko Tottori, une ancienne hôtesse de l'air, est devenue la patronne de la compagnie Japan Airlines, mais son parcours fait figure d'exception.

En 2021, les femmes occupaient 13,2% des postes de direction dans l'archipel, le pourcentage le plus bas parmi les membres de l'OCDE et le Japon est classé 118e sur 148 dans le rapport 2025 du Forum économique mondial sur l'écart entre les sexes.

En politique aussi, les femmes sont rares, ne représentant qu'environ 15% des députés à la chambre basse du Parlement.

Une exception notable est la gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, qui effectue son troisième mandat et qui a pris plusieurs décisions favorables aux femmes et aux mères de famille, y compris la gratuité des crèches.

Les députées ont souvent souligné les difficultés à jongler entre leurs responsabilités de députée et de maitresse de maison.

Elles subissent aussi régulièrement des remarques sexistes.

L'ancien vice-Premier ministre Taro Aso a fait scandale, en 2024, qualifiant l'ancienne ministre des Affaires étrangères Yoko Kamikawa de "tante" et de "pas si jolie".

Le mouvement #MeToo n'a pas non plus eu beaucoup de retombées au Japon, avec peu de victimes d'agressions sexuelles osant se manifester.

Celles qui l'ont fait, comme une ancienne militaire Rina Gonoi ou une journaliste Shiori Ito, ont été saluées pour leur courage mais ont aussi reçu des avalanches de haine en ligne.

"Dans le passé, il y avait des impératrices mais il n'y a jamais eu de femme Premier ministre", a déclaré à l'AFP Ryuki Tatsumi, 23 ans, un soignant pour personnes handicapées.

"Donc je pense que cela peut être une opportunité pour le Japon de progresser", espère-t-il.

B.Cooper--TNT

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